L’idée est d’éviter de s’exposer aux pertes d’argent et d’être responsables indirects de la déforestation.
Lors de la concertation élargie organisée par le Centre pour l’Environnement et le Développement (CED) et ses partenaires (Voice Cocoa Network, Fern et Forum pour la gouvernance et les droits de l’Homme, FGDH) le 29 janvier 2026 à Yaoundé, les banques ont été conviées pour discuter sur les enjeux de durabilité de la filière cacao. Les institutions bancaires ont été sensibilisées sur l’importance de prendre en considération les risques environnementaux, climatiques et sociaux dans leurs politiques de crédit et de gestion des risques. En effet, les investissements consentis dans les commodités soumises aux contraintes de conformité environnementale et sociale, comme c’est le cas pour le Règlement zéro déforestation de l’Union européenne (RDUE), exposent les banques à des pertes d’argent. En même temps, elles sont responsables, d’une manière ou d’une autre, de la déforestation provoquée par les investisseurs.
Le principal message clé adressé aux banques était de faciliter l’accès au crédit pour les petits producteurs (quand ils en ont besoin) et accompagner les coopératives pour financer les petits producteurs. « Notre message aux banques c’est qu’avec un cacao qui se vend bien, vous avez sans doute dû recevoir des demandeurs de crédit qui sont surtout des personnes, des sociétés de petite ou de moyenne taille ou alors des exportateurs qui ont besoin de crédits pour produire ou exporter du cacao. On leur disait de faire attention, car au-delà du plan d’affaires qui leur sera présenté avec les chiffres de production, de vente, d’achat et d’exportation (qui montreront des bénéfices), il faut garder à l’esprit qu’il y a à produire un cacao conforme ou à acheter un cacao conforme pour qu’il puisse se vendre dans l’Union européenne », détaille le secrétaire général du CED, Dr. Samuel Nguiffo. Ce dernier ajoute d’ailleurs que « l’accès au financement est lié au dispositif institutionnel qu’on met en place. Si on crée une petite entreprise pour les petits producteurs, on peut s’organiser pour avoir plus facilement accès à des crédits à la taille qui nous intéresse ».

Une volonté prononcée des institutions financières de verdir leurs pratiques et produits financiers
Le président du Réseau des chefs traditionnels d’Afrique pour la gestion durable de la biodiversité et des écosystèmes de forêts (RecTrad), Sa Majesté Bruno Mvondo, croit dur comme fer que l’octroi de fonds substantiels pour accompagner non seulement les peuples autochtones mais tous les autres petits producteurs peut permettre d’assurer l’effectivité de la mise en œuvre du RDUE dans les différentes communautés. L’appel à l’endroit du milieu bancaire s’inscrit davantage dans un contexte mondial marqué par une volonté des institutions financières de verdir leurs pratiques et produits financiers. Mais aussi dans un contexte national marqué par une augmentation des créances en souffrance.
Selon le ministère camerounais des Finances (MINFI), le volume des créances brutes en souffrance au premier trimestre 2025 s’établissait à environ 935,7 milliards de F. Dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), le portefeuille des créances en souffrance représente près de 2500 milliards de F à janvier 2026, à en croire le gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui. Faut-il préciser que la créance en souffrance est un crédit octroyé par une banque et un établissement de microfinance bancaire ou un crédit octroyé, qui n’a pas été payé à l’échéance prévue, en raison de difficultés de l’emprunteur à rembourser.
