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Dr. Cyrille Narké, Chargé de recherche au Laboratoire de recherche sur les dynamiques environnementales et les risques naturels, Institut national de cartographie.
Nous observons ces derniers mois une ruée vers le site minier de Zamboï. Qu’est-ce qui distingue ce site qui, jusqu’à une période récente, était peu connu ?
La particularité du site de Zamboï vient de quelques faits : d’abord, il tire son nom du village Zamboï qui veut dire en Gbaya le lieu où on creuse le bonheur. En outre, il est transfrontalier. Un côté du site est en RCA sur le versant droit de la Kadey et l’autre côté du site au Cameroun sur la rive gauche du même fleuve. En dehors des natifs de Zamboï et des populations venues d’autres localités du Cameroun, on y trouve des exploitants de diverses nationalités telles que la RCA, le Nigeria, le Mali, le Burkina-Faso, le Tchad et la Chine. L’artisan vend au plus offrant et cela peut entraîner la fuite clandestine de l’or ou du diamant extrait vers d’autres pays. Par exemple : si le plus offrant est du côté de la RCA, ce dernier traversera facilement et ira vendre son produit. Ce qui constituerait une perte pour l’Etat du Cameroun. Pour les exploitants comme les Chinois, un contrôle efficace dépend de comment la SONAMINES se déploie sur le terrain. La petite descente que nous avons faite sur le terrain a révélé qu’il n’y a avait pas véritablement de représentant de la SONAMINES. Côté sécurité des personnes et des biens, on note une présence remarquable des forces de maintien de l’ordre (BIR, Gendarmerie, Police…) au niveau des entrées du site. Mais, ils ne sont pas toujours à l’intérieur du site pour savoir ce qui s’y passe réellement. Le deuxième danger c’est la question de santé qui reste primordiale. Il y a plusieurs enfants et femmes dans les sites. Le même cours d’eau est utilisé pour laver l’or et pour des questions domestiques. On a aussi un problème d’écoles. On a parcouru la zone et les écoles étaient fermées. Le directeur et ses collaborateurs étaient seuls. Les enfants sont presque tous dans les mines, malgré les efforts de la SONAMINES à travers l’opération « Zéro enfant dans la mine ». A ce rythme, le taux d’analphabétisation va aller croissant. Il faut que la SONAMINES donne le pouvoir à la gendarmerie, pour s’occuper de cette question, de façon à être ses yeux quand elle n’est pas là.
Qu’est-ce qui peut justifier que la SONAMINES ne puisse pas avoir une traçabilité de l’or extrait des sites miniers, en l’occurrence celui de Zamboï ?
En vérité, je ne sais pas comment la SONAMINES est déployée sur le terrain. Il y a également une question d’effectif, parce qu’il faut doter la SONAMINES avec les pouvoirs nécessaires, pour que tous les agents miniers reconnaissent qu’elle est l’autorité en la matière et se soumettent en conséquence. Quand vous voyez tous les sites à couvrir, il faut des ressources humaines et des moyens roulants conséquents. En l’état actuel, c’est très compliqué. La SONAMINES doit se faire accompagner par les forces de maintien de l’ordre et la Douane.
Que suggérez-vous pour une activité minière qui profite à l’Etat et aux communautés ? On n’apporte rien de nouveau. L’Etat a suffisamment pensé à cela, mûri l’idée et les activités à mener. Il y a un ministère qui s’occupe des affaires minières, des agents comme la SONAMINES. Sur le plan règlementaire, l’Etat est mieux organisé. Il y a même des projets implémentés sur le terrain, à l’instar de « Zéro enfant dans la mine », etc. Le ministère de l’Environnement est impliqué sur la qualité de vie. Maintenant, ce qu’il faut faire c’est amener les sociétés minières à respecter leurs cahiers de charges. L’Etat dit par exemple qu’il y a des redevances à payer à la commune, la restauration systématique des sites, le développement des activités génératrices de revenus (AGR) pour permettre aux femmes et aux enfants de s’autonomiser. Si ces cahiers de charges sont vraiment respectés par chaque entreprise, ce sera bénéfique pour les populations. A Zamboï, il n’y a qu’un centre de santé, qui est d’ailleurs privé et le personnel se bat seulement pour soigner de petites maladies. Pourtant, ces sociétés qui exploitent peuvent construire des formations sanitaires dignes de ce nom voire construire des logements d’astreinte pour le personnel enseignant. Les enseignants que nous avons rencontrés ont une volonté de venir s’installer sur place. Même au niveau du personnel, les sociétés doivent définir un pourcentage raisonnable pour le recrutement des communautés riveraines. Avec ce qu’elles gagnent, elles vont bien prendre soin de leurs familles, avec des effets d’entraînement sur le plan socio-économique. Le transfert de technologie doit aussi suivre.
INTERVIEW REALISEE PAR LA REDACTION
