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La concertation à huis clos s’est tenue le 30 janvier 2026. L’administration ne s’est pas prononcée. Les communautés riveraines de la Socapalm attendent des avancées sur le dossier…
Une délégation constituée de deux émissaires du Ministère de l’Administration territoriale (MINAT) a séjourné à Edéa le 30 janvier 2026, pour voir clair sur le conflit qui oppose la Socapalm et les communautés riveraines d’Apouh à Ngog, Dehanè, Ongue et Koukouè. La réunion devait initialement se tenir à la chefferie d’Apouh à Ngog. Mais, visiblement, les émissaires du MINAT ont évoqué des questions de sécurité. Toujours est-il que la réunion a bel et bien eu lieu au chef-lieu de la Sanaga-Maritime après des tractations, mais à huis clos. Les représentants du MINAT n’ont pas voulu s’exprimer face à la presse, au motif que leur mission était secrète. Les indiscrétions indiquent que le MINAT aurait été saisi par la société civile qui, au nom des populations riveraines, dénonce les opérations de replanting engagées par l’agro-industrie, filiale du groupe SOCFIN.
Il faut indiquer que la descente du MINAT coïncide avec l’interdiction par la Socapalm d’une manifestation organisée par l’Association des femmes riveraines de la Socapalm Edéa (Afrise) le 23 janvier 2026. Soit une semaine après, jour pour jour. Ladite délégation a eu, auparavant, une séance de travail avec le préfet de la Sanaga-Maritime. Les échanges avec les communautés ont porté notamment sur les plaintes liées aux dépassements effectués par la Socapalm lors des opérations de replanting. Les populations sollicitent en outre l’espace vital nécessaire pour leurs activités agricoles. Des griefs qu’elles avaient déjà exposé lors d’une autre descente du Ministère en charge des affaires foncières (Mindcaf) en 2022, qui avait alors interdit le replanting autour des habitations villageoises, qu’il y ait un titre foncier ou pas. L’équipe technique avait également recommandé à la Socapalm de laisser un espace vital d’au moins 250 hectares dans la localité, à prélever par l’administration.

Les communautés riveraines de la Socapalm sur le qui-vive…
A défaut de tirer les vers du nez des représentants du MINAT, les professionnels des médias ont dû se contenter des versions des communautés présentes à la concertation. « Nous réclamons nos terres. Je suis prête même à me donner la mort pour réclamer nos terres ancestrales. Ce sont les terres que je vais laisser pour héritage à mes enfants. La Socapalm a occupé nos terres et dit que tous nos villages sont dans leurs titres fonciers…Je supplie le gouvernement camerounais et le président Paul Biya qui a dit que ce septennat sera celui des jeunes et des femmes. Les femmes rurales sont en détresse. Nous n’avons pas d’espace pour cultiver. Nous n’avons pas d’espace pour que nos enfants puissent faire des plantations », confie Marie-Claire Mikangue du village Dehanè. « Ce que je veux qu’on retienne c’est qu’il y a un document qu’ils ont eu à parcourir. Ce document est du Mndcaf qui a fait une descente sur le terrain et qui a donné des recommandations. S’il y a un problème aujourd’hui, c’est que ces recommandations peinent à être mises en pratique. Quand on parle de Socapalm, Socapalm indexe le gouvernement. Et je parle ici pour encore dire au gouvernement que c’est vous qui êtes indexé. Faites quelque chose afin cette crise prenne fin », argue le Rev. Marius Dikelel, originaire de la localité.
Après la réunion à huis clos, les communautés attendent beaucoup en termes de résolutions. « S’ils font leur rapport selon ce qu’ils ont recueilli par rapport à nos doléances, je crois qu’il y aura espoir. Je dis bien si. Souvent, on nous dit on va faire ceci, on va faire cela. Il y a des rapports qui sont partis…Au finish, rien n’est fait. Mais, nous osons croire qu’après nous avoir écouté et les conseils qu’ils ont donné, il peut y avoir gain de cause », souhaite Bernard Yomba du village Apouh à Ngog.
A la Socapalm, le programme de replanting lancé en 2023 a fait l’objet d’une sensibilisation formelle auprès des autorités administratives ainsi que des communautés concernées, dont la communauté Apouh. L’agro-industrie explique que des avancées ont été enregistrées en matière de clarifications foncières. Et qu’elles font suite à une démarche engagée depuis 2017, en étroite collaboration avec l’Etat et les communautés riveraines, dans le cadre du processus de délimitation et de densification des bornes. Ce processus vise à aboutir à la seconde révision des surfaces mises en bail et à la restitution à l’Etat (propriétaire des terres) de l’ensemble des superficies sorties du bail sur l’ensemble de ses plantations. La première révision a été effectuée en 2005 avec plus de 2566 hectares restitués à l’Etat, sur une concession initiale de 11 210 hectares, ainsi que la signature d’un avenant au bail correspondant.
