La concertation engagée à Douala du 28 au 29 août dernier, devrait aboutir à des aspirations communes et des engagements partagés pour la période 2025-2030, conciliant conservation et impératifs de développement socio-économique.
Douala, la capitale économique du Cameroun, abrite du 28 au 29 août 2025, une consultation sous-régionale des parties prenantes de la gestion durable des forêts d’Afrique centrale, en vue de la préparation d’une déclaration conjointe en faveur du développement économique, en préparation de la participation de la sous-région à la Conférence des Parties (COP 30) de Belém au Brésil. L’initiative est de la Commission des forêts d’Afrique centrale (Comifac), avec l’appui technique et financier de la coopération allemande à travers la Giz. L’objectif est d’examiner et valider l’avant-projet de déclaration conjointe pour le financement durable et équitable de la conservation et la gestion durable des écosystèmes forestiers d’Afrique centrale, afin de mutualiser les cadres de négociation avec les pays partenaires, explique le comité d’organisation. Y prennent part, plus de 70 participants, issus des délégations des pays membres de la Comifac, des organisations partenaires et des réseaux de la société civile, chercheurs du secteur privé, représentants des populations autochtones, communautés locales, etc.
L’ambition de disposer d’une vision partagée pour mieux adresser les financements climatiques à l’international est motivée par la volonté de mieux capitaliser les ressources et le potentiel de l’un des plus importants poumons forestiers de la planète, à côté de l’Amazonie et du Bornéo-Mékong. D’après le Partenariat pour les forêts du Bassin du Congo (PFBC), le Bassin du Congo constitue le deuxième poumon vert de la planète voire même le premier, abritant 75% de la biodiversité africaine et séquestrant environ 80 milliards de tonnes de carbone, dont 30 par les tourbières du Bassin du Congo, le plus grand complexe de tourbières tropicales au monde. « Le Bassin du Congo, que nous avons la responsabilité de protéger et de valoriser, représente bien plus qu’un patrimoine naturel exceptionnel. Nos 200 millions d’hectares de forêts tropicales ne sont pas seulement un héritage pour l’humanité, ils sont aussi le fondement de la subsistance de plus de 40 millions de personnes qui en dépendent directement. C’est donc la raison pour laquelle nous devons nous inscrire dans un processus politique qui concilie conservation et développement économique », souligne la co-facilitatrice du Partenariat pour les forêts du Bassin du Congo (PFBC), Dr. Aurélie Flore Koumba Pambo.

Une déclaration politique conjointe d’engagements pour la période 2025-2030
Le fait de disposer d’un cadre de négociation commun (doté des engagements réciproques, des priorités de financement et des instruments financiers adéquats) va permettre de mieux exprimer les besoins et les partenaires qui, à leur tour, pourront financer des activités correspondant aux besoins des pays bénéficiaires. La démarche pourrait contribuer à doubler voire de tripler les financements pour la gestion durable des écosystèmes forestiers tropicaux dont celui du Bassin du Congo, en phase avec les différentes conférences des parties des conventions de Rio : la Convention Cadre des Nations unies sur les changements climatiques, la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification des terres et la Convention sur la diversité biologique. La déclaration politique conjointe d’engagements en faveur des écosystèmes forestiers du Bassin du Congo pour la période 2025-2030 veut refléter les aspirations communes et les engagements partagés des pays de l’espace Comifac.
La vision est unanimement partagée par les autres parties prenantes, en l’occurrence la Comifac. « Nous avons vu les choix politiques et stratégiques qui ont été faits ces dernières années où certains pays sont sortis de l’accord de Paris sur le Climat et l’engagement de certains pays européens à revenir sur l’énergie fossile. N’est-ce pas pour leur propre développement d’abord ? Quid du nôtre ? », s’est interrogé le secrétaire exécutif de la Comifac, Hervé Martial Maïdou. A travers cette préoccupation, notre source est d’avis qu’il faut « travailler en pensant d’abord à l’avenir nos communautés pour éviter que seuls un ou deux pays ne profitent à l’avenir des décisions que nous prenons aujourd’hui ». La Comifac, rassure-t-il, est en contact avec les Brésiliens qui cherchent encore une meilleure option pour le Mécanisme de financement des forêts ou Tropical Forest Forever Facility (TTTF). Tandis que l’Afrique centrale devra également développer son propre mécanisme.

« Responsabilité collective »
Toujours est-il que l’énorme hotspot de biodiversité que représente le Bassin du Congo nécessite une coalition collective. « Les forêts du Bassin du Congo qui constituent aujourd’hui le principal poumon vert de la planète, représentent un capital naturel d’une valeur inestimable. Elles sont au cœur du développement économique et social de nos pays. En conséquence, elles doivent être valorisées dans une perspective de justice climatique d’équité et de développement durable », déclare le ministre camerounais des Forêts et de la Faune, Jules Doret Ndongo. « Elles absorbent chaque année plus d’un milliard de notre CO2. Elles abritent une biodiversité exceptionnelle et assurent des moyens de subsistance à des millions de personnes. Aussi, leur protection et leur valorisation constitue donc une responsabilité collective des pays du Bassin du Congo d’une part, mais de nos partenaires du PFBC d’autre part », ajoute le ministre. A son avis, l’Afrique centrale doit faire entendre sa voix et défendre « un Fair deal et un Fair share » pour la sous-région, en cohérence avec sa contribution déterminante à l’équilibre climatique de la planète.
Les travaux vont aboutir à la production d’une déclaration conjointe visant l’amélioration des positions des pays du Bassin du Congo, de la finance climatique qui jusqu’aujourd’hui est défavorable à nos pays ainsi qu’une participation plus satisfaisante à la finance carbone. Les résultats des réflexions devraient servir de base au dialogue politique de haut niveau qui sera organisé conjointement par la Comifac, le Partenariat des forêts du Bassin du Congo (PFBC) et la République fédérale d’Allemagne le 8 septembre 2025, en marge du deuxième sommet africain sur le climat à Addis-Abeba (Ethiopie).

Des besoins financiers chiffrés à 139 milliards de dollars à l’horizon 2030 pour la sous-région
Comment en est-on arrivé là ? De 2008 à 2017, le secteur forêt-environnement d’Afrique centrale a capté à peine 11,5% des financements débloqués pour la conservation et la gestion durable des forêts tropicales. Pourtant, les besoins financiers pour la mise en œuvre des Contributions déterminées au niveau national (CDN) révisées dans la sous-région sont de 139 milliards de dollars américains à l’horizon 2030, soit 115 milliards US pour les mesures d’atténuation et 39 milliards US pour les mesures d’adaptation. Face à ce paradoxe, la Comifac est engagée dans une dynamique de financement équitable « Fair deal et Fair share » pour le Bassin du Congo. Sa valeur devrait être à un niveau de six milliards de dollars USD par an, en tenant compte du niveau de contribution des écosystèmes forestiers du Bassin du Congo au climat mondial.
Le secrétaire exécutif de la Comifac, Hervé Martial Maïdou, va plus loin lorsqu’il indique que la réunion de Douala est la suite d’un long processus de préparation qui a connu la participation des différentes parties prenantes associées à l’institution dont il a la charge. « Par le passé, plusieurs déclarations ont été faites sans vraiment impacter les attentes souhaitées. Après plus de 30 ans notre sous-région se plaint encore du niveau des finances climatiques reçues », relève notre interlocuteur. « Elle résume les différentes concertations des groupes d’acteurs dans une perspective d’aller cette fois à Belém avec une autre vision que les années antérieures avec positionnement clair de notre sous-région face aux finances climatiques. Ce long processus n’était pas un fleuve tranquille car il y a eu beaucoup de considérations allant parfois jusqu’à des frustrations de la part de nos partenaires. Mais je trouve que nous devons considérer toutes ces réactions dans un esprit sportif », relativise-t-il.

Bonjour
Nous avons dans le Bassin du Congo, un besoin de réajustement culturel. Les États souverains n’ont pas besoin de porte plume ou d’intermédiaire pour accéder aux ressources financières. Le Congo Basin Forest Partnership est une co facilitation et non une super organisation remplaçant le Plan de Convergence, La COMIFAC, la CEFDHAC, et la CEEAC.
Ramener chaque entité à son rôle premier, harmoniser les interventions, désigner des réceptacles financiers de la sous région pour l’accueil des fonds, valoriser les expertises complémentaires des secteurs publics-prive- et des organisations de la société civile. Mettre en place des programmes, procédures harmonisées, des instances et mécanismes de reddition des comptes, créerait une attractivité de l’environnement institutionnel du Bassin du Congo.
Privilégier le mérite, l’expertise, la complémentarité dans les nominations.
S’inspirer des bonnes pratiques de mobilisation des fonds de l Amérique Latine et de la région Asie.
Partnership peut clarifier davantage en cas de besoin.
Pierre Chekem
Partnership
Tel 237 677779962
Pchekem@gmail.com