Dans un récent communiqué, le ministre en charge des Mines préconise dès janvier 2026, la fermeture des sites d’exploitation minière artisanale et semi-mécanisée de l’or qui ne disposent pas d’un système de traitement de gravier minéral en vase clos.
Lors de la présentation officielle du Rapport 2023 de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) le 10 décembre 2025 à Yaoundé, les révélations liées à la traçabilité de l’or produit et le gap entre les quantités déclarées et exportées au Cameroun ont fait couler beaucoup d’encre et de salive. En effet, ledit rapport fait ressortir un écart entre la déclaration d’exportation de 22,3 kg d’or répertoriée par la Direction générale des Douanes camerounaises et les statistiques internationales qui indiquent 15,2 tonnes à destination des Emirats Arabes Unis, déclarées en provenance du Cameroun. Dans un communiqué radio-presse rendu public le 29 décembre 2025 par le ministre des Mines de l’Industrie et du Développement Technologique par intérim, Pr. Fuh Calistus Gentry, ce dernier a tenu à rappeler que son ministère assure les missions de définition et de gestion de la politique minière, tandis que la Société nationale des mines (SONAMINES) assure la gestion et le contrôle de la production de l’or et détient l’exclusivité de la commercialisation de l’or produit.
« L’or produit au Cameroun provient essentiellement de l’artisanat minier et de l’artisanat semi-mécanisé qui se mènent comme dans d’autres pays africains, sans étude de faisabilité préalable pouvant permettre à l’Etat d’anticiper sur la production attendue. En conséquence, la SONAMINES prélève l’impôt synthétique minier libératoire en nature et des droits de sortie pour le compte de l’Etat sur la base des déclarations qui généralement ne sont pas sincères et complètes », a relevé le ministre Fuh Calistus Gentry. Le communiqué évoque notamment un goulot d’étranglement. « En sa qualité de comptoir unique et exclusif d’achat et de commercialisation de l’or, la SONAMINES ne dispose pas des moyens financiers et technologiques pour le rachat de la quote-part détenue par les opérateurs et le suivi de la production », fait observer le ministre camerounais en charge des Mines.

Des mesures de suivi et contrôle annoncées dès janvier 2026
L’on apprendra par ailleurs que les écarts observés entre les quantités d’or déclarées et exportées au Cameroun se justifient par des difficultés de sortie du territoire, dues à la porosité des frontières terrestres utilisées en grande partie par les exploitants des pays voisins pour acheminer l’or aux Emirats Arabes Unis au nom du Cameroun, comme pays d’origine. Face à une telle situation qui pourrait être de nature à dégrader l’image du Cameroun à l’international, le gouvernement camerounais préconise, dès janvier 2026, « la fermeture des sites d’exploitation minière artisanale et semi-mécanisée de l’or qui ne disposent pas d’un système de traitement de gravier minéral en vase clos, le renforcement des moyens financiers et technologiques de la SONAMINES pour le rachat de l’or produit au Cameroun et le contrôle de la production à distance par les moyens modernes, le développement de la mine industrielle dont les études de faisabilité permettent de faire des prévisions de production ».
Toujours est-il que, grâce aux actions d’envergure menées conjointement par le ministère en charge des Mines et la SONAMINES, les réserves d’or du Cameroun ont augmenté, passant de de 37 kg à environ 1500 kg au cours des dernières années. De plus, le ministre Fuh Calistus Gentry l’implication du gouvernement à œuvrer pour faire du secteur de l’or « une niche exceptionnelle de ressources financières », pouvant contribuer à l’élargissement de l’assiette fiscale et au renforcement des réserves d’or de l’Etat.
Le débat sur l’or camerounais est tout sauf une affaire de kilos, de tonnes ou de statistiques
Néanmoins, la sortie du ministre Fuh Calistus Gentry a fait réagir. Alexandre Siewe, conseil en communication stratégique, est sorti de sa réserve. Selon lui, malgré la bonne volonté du gouvernement de communiquer sur les écarts liés à la traçabilité de l’or, le narratif tenu à l’heure actuelle ne serait pas approprié. « La polémique actuelle n’est pas une affaire de kilos, de tonnes ou de tableaux statistiques. Ce débat sur l’or camerounais n’est pas minier. Il est politique. Et profondément narratif. C’est précisément une crise de souveraineté narrative. Et c’est là que le communiqué ministériel, pourtant techniquement structuré, montre ses limites », souligne M. Siewe. Le fait par exemple pour le ministre d’indique que « La SONAMINES ne dispose pas des moyens financiers et technologiques… » est peut-être vrai factuellement, mais c’est une confession dangereuse du point de vue stratégique. « En pleine polémique, l’Etat reconnaît publiquement qu’il ne maîtrise pas pleinement une ressource stratégique », analyse Alexandre Siewe.
KENFACK T.G.
