Face à cette pieuvre tentaculaire, la collaboration entre l’administration forestière et les forces de défense gagnerait à s’améliorer. Ainsi que le recours aux nouvelles technologies.
Dans le cadre de la mise en œuvre du Projet de l’amélioration de la gouvernance du secteur forestier au Cameroun (PAMFOR), les acteurs déplorent le fait que les réseaux criminels développés pour promouvoir l’exploitation forestière illégale rivalisent d’adresse pour passer les mailles des filets du gouvernement. « Ces réseaux bien organisés ne sont pas nombreux, mais ils opèrent aussi bien dans les zones de Messamena, du Grand Mbam. Sur la base des éléments en notre disposition et des investigations menées, on voit qu’il y a un lien étroit entre ces exploitants », indique le chargé de projets au CED pour le projet PAMFOR, Achille Wankeu. Un autre volet décrié est le dynamisme de de l’exploitation illégale. Pendant que les modes de contrôle restent figés, les modèles d’exploitation illégale augmentent. « Les réseaux criminels innovent. Ils ont par exemple des mécanismes pour contourner le SIGIF 2 (Système informatique de gestion des informations forestières de deuxième génération, ndlr) qui, même s’il a été apprécié comme une réelle avancée, n’a pas la capacité d’éliminer l’illégal », rassure M. Wankeu.
La question des voies de l’illégalité se pose autant avec acuité, notamment la voie fluviale qui est aujourd’hui un axe très utilisé. Le phénomène s’observe dans la zone de Moloundou, d’Ebo et du Mbam où il y a beaucoup de cours d’eau. A ce niveau, le bois traverse les cours d’eau et souvent les moyens de contrôle ne sont pas appropriés. Dans la zone du parc national de Douala-Edéa par exemple, les services de la conservation n’ont pas de ressources matérielles et humaines suffisantes. Autant d’éléments qui montrent que l’illégalité a une longueur d’avance sur les mécanismes de contrôle existants. « Je pense qu’il n’est pas trop tard, mais on a déjà assez pris du retard par rapport à l’exploitation forestière illégale. Il est question de trouver des mécanismes contraignants et efficaces pour réussir à bloquer l’illégal », propose notre source. L’un des chantiers à explorer est l’actualisation de la formation et de l’information, pour que le contrôle soit plus dynamique. L’utilisation des nouvelles technologies comme les satellites, les caméras de vidéosurveillance gagnerait à être suffisamment explorée.

Les bons points du projet PAMFOR
Pour atteindre ses objectifs, le projet PAMFOR a identifié les besoins à plusieurs niveaux. Au niveau du ministère des Forêts et de la Faune (Minfof), il est nécessaire que la formation du personnel régalien spécialisée dans la sécurisation ou le contrôle forestier soit actualisée. « On parle par exemple de surveillance satellitaire. Il serait intéressant d’avoir un bureau dédié qui va adresser la question des vidéosurveillances dans les aires protégées et les UFA. Il y a aussi la question des contrôles maritime et fluvial. L’on gagnerait à avoir une brigade amphibie spécialisée sur ces questions. Il est important de vite réfléchir pour trouver des solutions à ce phénomène », relève Achille Wankeu.
Ce dernier reconnaît les prouesses du projet PAMFOR, qui apporte déjà un éventail d’informations sur l’illégalité de manière générale. PAMFOR a permis de disposer d’une cartographie de l’exploitation forestière illégale au Cameroun, avec les chiffres sur les zones et un ensemble d’éléments sur les essences et volumes surexploités et exportés. Le projet a également identifié les faiblesses, notamment en termes de contrôle forestier : logistique utilisée pas adéquate, formation peu adéquate, etc. PAMFOR a en outre fait la cartographie des postes forestiers qui présente les zones les plus propices à l’exploitation illégale. « Les cartes qui ont été produites ont démontré qu’il y a des zones moins couvertes que d’autres susceptibles en termes de contrôle. Il y a des zones qui sont plus exposées au transit du bois, et là on parle de voies de contournement du bois qui ne sont pas assez contrôlées. Ces informations peuvent constituer des éléments de réflexion de base », renseigne M. Wankeu.
Pour contrer les exploitants forestiers illégaux qui sont de plus en plus lourdement armés et formés à leur maniement, le projet PAMFOR promeut davantage la mutualisation des efforts et l’amélioration de la collaboration entre les administrations. « L’administration forestière seule ne peut pas faire le contrôle, parce que la plupart du temps, les agents sont en poste dans des zones frontalières avec beaucoup de risques. Il est nécessaire de collaborer avec les forces de défense pour assurer leur sécurité. C’est un corps qui est de plus en plus exposé. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, avec plusieurs morts dans les parcs », préconise notre interlocuteur.
