La récente sortie de l’organisation de la société civile évoque l’émergence d’un nouveau nomadisme dit minier qui, s’il est mal maîtrisé, pourrait exacerber l’insécurité alimentaire et la pauvreté dans le Septentrion.
Le Rapport « Famine et destruction de l’environnement dans les régions septentrionales en 2025 : analyse des causes structurelles budgétaires et non budgétaires » a été présenté aux professionnels des médias le 23 septembre 2025 à Meiganga, département du Mbéré, région de l’Adamaoua, par l’organisation de la société civile Terre et Développement Durable (TDD). L’exercice a rassemblé une vingtaine de participants constitués des journalistes, parlementaires, des sectoriels de l’administration publique, responsables des collectivités territoriales décentralisées (CTD), autorités traditionnelles, OSC et ONG en activité dans la participation citoyenne et la gouvernance forestière, la gestion des terres, des mines et la sécurité alimentaire dans le Septentrion.
Le rapport, a-t-on appris, fait une exégèse des causes structurelles budgétaires et non budgétaires de menace de famine et de destruction de l’environnement dans les régions septentrionales. C’est le fruit d’un travail transversal mené autour du foncier, de la sécurité alimentaire, de l’environnement et de la gouvernance qui sont autant de thématiques du projet de Renforcement de l’engagement des acteurs locaux dans la gouvernance des ressources naturelles dans le Septentrion Cameroun (REAL-GRNS) et des partenaires du projet.

Zones riches, pauvreté exacerbée
Selon le président de l’OSC Terre et Développement Durable, Pierre Hervé Madougou Yagong, 13 départements des quinze dans les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord font l’objet des emprises des sites miniers identifiés, en demande ou attribués. 83 entreprises exercent ou ambitionnent (demande de permis) d’exercer dans le secteur minier dans les régions septentrionales. 71 entreprises ont été inventoriées dans la seule région de l’Adamaoua pour des emprises qui s’étendent sur une superficie de 4 314 076 hectares. La région du Nord a la particularité de disposer d’un riche potentiel minier. Sur 143 emprises foncières recensées, 105 sont des permis miniers en demande, en autorisation, et/ou en reconduction, renseigne TDD. 30 entreprises minières ont été recensées couvrant une superficie de 2 893 753 ha. Des trois régions septentrionales, l’Extrême-Nord est celle qui abrite le site minier le plus vaste et étendu sur un seul plan. D’un seul tirant, nous avons 850 600 ha de champ pétrolier et gazier à Makari dans le Logone-Birni.
En termes de diversité de formations géologiques, l’Extrême-Nord est l’une des régions les plus riches du Cameroun, car elle dispose des trois types de roches différenciés en géologie, à savoir les roches magmatiques, les roches métamorphiques et les roches sédimentaires. 880 400 ha d’emprises minières potentielles en demandes ou attribuées y ont été inventoriés. Terre et Développement Durable déclare avoir recensé 299 emprises diverses regroupées en sept catégories dans le Septentrion, qui occupent une superficie de 17 374 571 ha, autrement dit 173 746 km² en superficies administratives qui représentent 106,25% du territoire cumulé de ces trois régions et 17 314 428 ha soit 173 144 km² en superficies SIC équivalent à 105,88% du territoire cumulé des trois régions septentrionales.
Quand le nomadisme minier donne des sueurs froides…
Il faut préciser que toutes ces données sont externes aux activités propres aux populations locales et autochtones telles que l’élevage, l’agriculture, les constructions des habitations, etc. Toutes choses qui appellent en toute urgence à une planification stricte des activités, pour que la richesse disponible ne se transforme pas en « malédiction ». A l’heure actuelle, la vérité du terrain indique que le boom minier a créé un type de nomadisme nouveau : le nomadisme minier. « Ce type de nomadisme est bien plus intense et plus impactant que le nomadisme pastoral ou agricole qui était jusqu’ici connu. Ce nomadisme demande à être maîtrisé, encadré et accompagné de toutes urgences », souhaite l’OSC Terre et Développement Durable. Fait plus délirant : la quasi-totalité, sinon toutes les entreprises qui exploitent la mine dans le Septentrion n’y ont pas leurs sièges sociaux.
La conférence de presse organisée le mois dernier visait surtout à éclairer les parties prenantes et l’opinion publique sur la teneur et le contenu du Rapport « Famine et destruction de l’environnement dans les régions septentrionales en 2025 : analyse des causes structurelles budgétaires et non budgétaires », mais aussi à améliorer les connaissances des parties prenantes sur les dynamiques structurelles budgétaires et non budgétaires qui déterminent les menaces de famine et de destruction de l’environnement dans les régions septentrionales.
L’autre enjeu était de favoriser la compréhension des enjeux et défis dans le but de passer d’un cycle potentiellement destructeur à un cycle vertueux de prospérité grâce à la mobilisation et l’implication de toutes les parties prenantes. Parmi les partenaires de mise en œuvre du rapport figurent le Centre pour l’Environnement et le Développement (CED), l’organisation Forêts et Développement Rural (FODER) et le Réseau de Lutte contre la Faim (RELUFA). La réalisation de l’analyse a bénéficié du financement de l’Union européenne, dans le cadre du projet de Renforcement de l’engagement des acteurs locaux dans la gouvernance des ressources naturelles dans le Septentrion Cameroun (REAL-GRNS).
