Les avancées enregistrées au cours du développement du projet CerFor sur la période 2023-2025 ont démontré la vitalité de la recherche dans la sous-région Afrique centrale.
Le séminaire de restitution des résultats et de clôture du projet : « Lever les contraintes et les obstacles à la certification forestière pour améliorer la gestion durable des forêts dans le Bassin du Congo » (CerFor) s’est tenu le 11 décembre 2025 à Yaoundé, capitale politique du Cameroun. L’initiative mis en œuvre depuis 2022 par le Centre pour la recherche forestière internationale (CIFOR) et le Centre international de recherche en agroforesterie (ICRAF), grâce au soutien financier de l’Union européenne (UE), a permis d’enregistrer des avancées. La grande prouesse est surtout le développement du programme de soutien à la recherche appliquée en écologie et en sciences sociales en Afrique centrale (RESSAC), pour renforcer l’impact des recherches sur la gestion durable des écosystèmes forestiers du Bassin du Congo.
D’après les informations communiquées par le Dr. Gilles Ananfack, Research Officer Natural Resources Management au CIFOR, les résultats enregistrés sont encourageants. « Dans le cadre de ce programme, 27 projets ont été financés, notamment 26 projets en consortium et un projet impliquant 27 post-doctorants, un doctorant et plus de 100 masters. Plus de sept articles ont déjà été publiés, un ouvrage a été publié et 26 notes de politique sont en cours de publication. Trois numéros spéciaux contenant environ 45 articles sont en cours de publications. Il s’agit du Forest Policy and Economics, du Bois et Forêts des Tropiques et du Forest Ecology and Management », a indiqué l’universitaire.
Le renforcement des capacités a surtout été une composante capitale dans le cadre du projet RESSAC. « Dans les appels à projets qui avaient été lancés, il avait été demandé que chaque consortium démontre comment ils vont déployer cet aspect à travers le recrutement d’un post-doc pour permettre de faciliter cette transition entre son diplôme de doctorat et l’intégration dans le monde professionnel en termes de recherche et d’enseignement. En plus, le post-doc devait être accompagné par le porteur du projet à la supervision d’autres jeunes chercheurs qui sont les masters », a expliqué le coordonnateur adjoint du Cameroun pour le CIFOR-ICRAF, par ailleurs coordonnatrice des activités du CIFOR en Afrique centrale, Pr. Marie Louise Avana Tientcheu. Avant d’ajouter : « Chaque projet devait donc décomposer les activités de recherche en thématiques qui pouvaient alimenter des recherches au niveau master. Cas pratique : quand on prend un projet qui a quatre objectifs, chaque objectif devra alimenter un master. Et on est à 27 projets et on comprend la raison de la centaine de masters qui ont bénéficié de cette formation ».
L’intérêt porté sur la certification forestière est justifié à plus d’un titre par le Pr. Roger Ngouffo de l’université de Yaoundé I. « Jusqu’à présent, l’on se rend compte que le sujet de la certification est complexe. Il faut bien expliquer le concept et faire en sorte que les pays l’intègrent, notamment dans les lois. Quand il y a instrument comme celui-là, si les lois n’en font pas cas, ça ne va pas être ancré dans le pays. Il faudrait aussi que le produit certifié ait un bon marché. Autrement dit, si une entreprise fait des efforts pour bien gérer son unité, cela a un coût. Et il faut que le marché récompense ce coût. C’est ce qui peut faire marcher la certification », précise l’enseignant au département de géographie de l’université de Yaoundé I et non moins point focal du projet CerFor au sein de cette institution universitaire.

Plus de visibilité pour les recherches menées
De manière concrète, le programme RESSAC a aidé à renforcer les capacités des chercheurs, à travers l’organisation de cinq formations en Afrique centrale sur la rédaction scientifique qui a connu la présence de 105 participants, une formation à la recherche de financements, une formation au rapportage technique et financier avec les partenaires engagés dans le projet, cinq ateliers de formation en écriture scientifique, gestion de recherche, recherche des financements et articles scientifiques. Il y a eu une formation d’à peu près 30 journalistes à Yaoundé, la formation de 46 participants à la modération des réunions et ateliers à Libreville au Gabon. Le programme a également aidé à la mise en place des consortia constitués des organisations et des institutions des pays du Sud et du Nord. « C’est une innovation qui jusqu’ici ne se faisait pas ressentir en Afrique parce qu’il y avait toujours cette difficulté de collaboration entre les institutions du Nord et celles du Sud », justifie Dr. Ananfack.
Le programme a davantage permis de rendre plus visibles les recherches menées par les chercheurs au sein des institutions, ainsi que la participation de plusieurs post-doctorants à des conférences internationales. Des réponses opérationnelles de dimension politique ont été apportées aux enjeux de la gestion durable des forêts. L’ambition du programme étant de construire des solutions pratiques qui peuvent être mises en œuvre avec les gestionnaires des milieux forestiers, en respectant leurs propres contraintes. « La méthodologie mise en œuvre était hybride, c’est-à-dire contenant à la fois des actions concertées avec les administrations, les gestionnaires des aires protégées, les gestionnaires des forêts de production et tous les autres acteurs de la filière ». L’originalité du programme résidait dans le fait que les activités de recherche étaient menées par des consortiums.

Les pratiques du Cameroun, de la RDC et du Congo-Brazzaville passées au crible
L’objectif du projet RESSAC était d’étudier les obstacles et les contraintes qui rendent laborieuse la certification des forêts dans le Bassin du Congo. Il prévoyait en outre d’identifier et d’analyser les plus-values de la certification sur les plans social, économique et environnemental, selon les principes du développement durable, en prenant en compte les préoccupations relatives au genre et à la justice sociale. Au-delà de la certification, il s’agissait d’étudier et d’évaluer la gestion durable des forêts dans le Bassin du Congo, en analysant les synergies entre la certification, le FLEGT (Forest Law Enforcement, Governance and Trade) et la REDD+ (Réduction des Emissions issues de la Déforestation et de la Dégradation des forêts, gestion durable des forêts et conservation des stocks de carbone).
Les recherches ont été effectuées entre 2023 et 2025, principalement au Cameroun, en République Démocratique du Congo et en République du Congo. C’est dans ces pays que les démarches de certification forestière ont abouti ou sont en cours. Par ailleurs, ces pays sont engagés dans les processus FLEGT et REDD+. La finalité des recherches effectuées est de disséminer les résultats auprès des concessionnaires forestiers et autres parties prenantes afin que ces résultats les aident à engager et/ou à finaliser aisément les démarches de certification et de gestion durable des concessions forestières. Les résultats obtenus sont en outre susceptibles de contribuer au renforcement des politiques forestières nationales dans une optique de gestion durable des forêts. Faut-il relever que le projet CerFor a été élaboré et soumis par un consortium comprenant le département de géographie de l’université de Yaoundé 1 (Cameroun), le département de géographie de Le Mans université (France) et l’ONG Forêts et développement rural (FODER) au Cameroun. L’université du Mans est chef de file du consortium.
