La perte des habitats des gorilles, chimpanzés, bonobos et orangs‑outans serait fatale la santé des forêts tropicales et des êtres humains, dans le contexte actuel de promotion de l’approche « One Health ».
La plupart des grands singes d’Afrique et du Cameroun en particulier (gorilles, chimpanzés, bonobos et orangs‑outans) ne sont plus en sécurité. Le primatologue Dr. Ekwoge Enang Abwe, Co-Lead de l’African Forest Hub (San Diego Zoo Wildlife Alliance) et directeur pays de la Cameroon Biodiversity Association est péremptoire là-dessus et l’a relevé durant un webinaire consacré à « Ce qu’on sait et ce qu’on ignore encore sur les grands singes », organisé le 24 janvier 2026, par l’antenne camerounaise du Réseau des journalistes scientifiques d’Afrique francophone (RJSAF). A en croire l’expert, tous les grands singes sont en danger critique. Le fait est que les chimpanzés de Cross River et des plaines de l’Ouest qui se retrouvent au Cameroun sont en danger critique.
Parmi les grandes menaces qui reviennent, le primatologue note la perte d’habitats, la fragmentation d’habitats, le braconnage, le changement climatique, les maladies (en l’occurrence les zoonoses), etc. Les grands projets routiers, miniers et d’infrastructures menacent également l’intégrité des grands singes. Amy Bond, responsable communication Gorilla Doctors va plus loin, lorsqu’elle indique que la construction des routes est une cause potentielle de la propagation des maladies, avec l’émergence des maladies infectieuses et zoonoses. Un autre phénomène et non des moindres, est la déforestation avec l’agrandissement des champs pour la culture du cacao, qui menace les habitats des grands singes.
L’on se souvient que dans le Plan d’action régional pour la conservation du chimpanzé du Nigeria-Cameroun (Pan troglodytes ellioti) élaboré en 2011, ce mammifère était la forme de chimpanzé la plus menacée. A cette période, sa population restante dans le monde était estimée entre 3500 et 9000 individus, qui survivent dans un habitat forestier situé au nord du fleuve Sanaga au Cameroun, à la lisière orientale du Nigeria et dans des fragments forestiers du Delta du Niger et du sud-ouest du Nigeria.

L’Homme est aussi la solution
Malgré que l’Homme soit au centre de ces problèmes, le Dr. Ekwoge relativise tout de même, en expliquant que c’est encore l’Homme qui est au cœur des solutions existantes ou à envisager. L’expert reconnaît et salue tout de même les efforts des pouvoirs publics camerounais. « L’Etat est en train de faire beaucoup de choses pour les protéger, avec la création des aires protégées, les sanctuaires pour protéger les animaux menacés d’extinction. Mais l’Etat ne peut pas travailler seul. Il faut l’appui des ONG, des chercheurs… », souligne notre source, par ailleurs secrétaire général de la société africaine de primatologie. Conscient de ce que les grands singes partagent jusqu’à 98% de l’ADN des hommes, leur survie est capitale, car au moment où la communauté scientifique internationale promeut de plus en plus l’approche « One Health », ils jouent un rôle crucial dans la santé des forêts tropicales, la régénération des écosystèmes et la lutte contre le changement climatique.
KENFACK
