
Pr. Roger Ngouffo, point focal du projet RESSAC à l’université de Yaoundé I, voit en la certification forestière un boulevard d’opportunités de recherche universitaire.
Qu’est-ce qui a motivé le choix de la certification comme sujet structurant du projet CerFor ?
La certification est un sujet d’actualité et extrêmement innovant, parce dans les années 90, lorsqu’il y a beaucoup de pratiques illicites et illégales dans le secteur forestier, on a beaucoup de difficultés pour appliquer les lois. On a essayé de se tourner vers un instrument de marché qui est la certification, c’est-o-dire essayer d’agir sur les consommateurs. Cela signifie qu’on essaie de sensibiliser les consommateurs d’un produit comme le bois, pour qu’ils s’assurent qu’il vient d’une source sûre, c’est-à-dire d’une zone, d’une unité, d’un pays où on respecte les lois concernant aussi bien l’environnement, les populations locales, etc. Il y a eu un moment où on a beaucoup expliqué le sujet de la certification en Afrique centrale, avec un grand engouement. Et il y a eu une période de crise économique qui a fait en sorte que l’engouement a baissé. Et justement, on a profité pour voir dans quelle mesure élaborer un projet pour recenser les contraintes auxquelles tous les acteurs font face, lorsqu’ils souhaitent aller vers la certification forestière. L’idée étant de les recenser et puis voir comment on peut y apporter des solutions.
Quand on convoque une actualité comme la RDUE dont la mise en œuvre fait couler beaucoup d’encre et de salive, quels sont les bénéfices de la certification ?
Les bénéfices derrière la certification résident dans le fait que c’est déjà un instrument au même titre que la loi. A la seule différence que la certification est un instrument de marché, parce qu’on sait que tant que les consommateurs d’un produit l’apprécient, ils vont l’acheter à sa juste valeur et même beaucoup plus que les autres produits. Nous pensons qu’avec la certification, il y a un organisme indépendant qui assure le consommateur que le produit qui est sur le marché et porte tel label, est un produit bon parce que respectant un certain nombre de règles.
La certification n’a de sens que lorsque la source du bois est fiable. Mais, il y a certaines zones où le bois est abattu de façon illégale et parfois dissimulé dans du bois coupé légalement. Dans ce cas, quelle est la conduite à tenir ?
Il faut relever déjà que je suis membre du Forest Stewardship Council (FSC) qui est un organisme faisant la promotion de la certification de a gestion durable. Ce qu’on fait généralement, c’est qu’on regarde non seulement les paramètres d’aménagement et de gestion de la forêt, mais aussi la chaîne de traçabilité. On va voir si la forêt est bien gérée, mais aussi les outils pour suivre depuis la zone d’exploitation jusqu’aux destinations. L’idée étant de tracer avant de labéliser. Certes il y a toujours des tricheries, mais le système marche quand il y a un contrôle régulier effectué par un organisme indépendant, de telle manière que lorsqu’on voit les problèmes le long de la chaîne, on demande dans un premier temps les rectifications à travers les demandes d’actions correctives. Si ça ne marche pas, on peut aller jusqu’à suspendre carrément le certificat.
Venons-en au volet recherche, pourquoi est-il intéressant d’intéresser les étudiants à la recherche sur la certification ?
Nos étudiants doivent s’intéresser à des sujets qui sont en lien avec la réalité. La gestion durable dans nos pays est un sujet d’actualité. La certification se trouve en bout de chaîne dans un processus et rassure sur la bonne gestion. On met souvent les étudiants sur ce genre de sujets parce que les forêts restent quelque chose d’important pour nous. Il faut que les étudiants travaillent dessus. C’est de cette manière qu’on peut véritablement impliquer l’université dans le développement.
INTERVIEW REALISEE PAR LA REDACTION
