
Pr. Marie Louise Avana Tientcheu, coordonnateur adjoint du Cameroun pour le CIFOR-ICRAF, coordonnatrice des activités du CIFOR en Afrique centrale, dresse le bilan de la mise en œuvre du projet CerFor et évoque une éventuelle deuxième phase.
Madame le Professeur, pourquoi un focus sur la thématique liée à la certification forestière dans le cadre de la mise en œuvre du projet CerFor ?
La thématique sur la certification forestière est une thématique d’intérêt qui garantit la durabilité écologique de la gestion forestière, l’équitabilité sociale en garantissant que les populations qui vivent autour des forêts bénéficient des actions d’exploitation et de gestion des forêts. Et aussi la viabilité économique, parce que les entreprises forestières impliquées doivent pouvoir tirer avantage. Tous ces trois aspects doivent être garantis, et la certification est l’un des outils qui permet de garantir cela. Il est important d’encourager les sociétés forestières voire les pays de la sous-région à s’engager vers ces outils de certification. Nous pensons que ce projet CerFor était l’un des projets phares qui permettait de comprendre quelles sont les contraintes qui alourdissent justement les progrès de la sous-région en matière de certification, et de trouver des solutions pratiques, opérationnelles et même politiques qui peuvent inspirer pour avoir des procédures plus souples et allégées en matière de certification, pour le bénéfice de toutes les parties prenantes.
Peut-on s’entendre à une deuxième phase ?
Il faut déjà rappeler que c’est un programme financé par l’Union européenne (UE) et l’objectif est de s’assurer que nous avons atteint la première phase, c’est-à-dire trouvé ces solutions opérationnelles. Et l’atelier de fin de projet est une opportunité pour impliquer toutes les parties prenantes et discuter avec elles sur l’utilisation et l’opérationnalisation des résultats de recherche. Maintenant, le besoin en matière de continuer ces travaux doit venir de la base. Nous devons pouvoir consolider tous ces besoins pour convaincre le bailleur de la nécessité d’une deuxième phase. Nous avons bénéficié d’une extension sans coût, pour garantir que nous allons diffuser essentiellement les résultats acquis, que nous garantissons que les impacts peuvent commencer à être perçus et que nous recensons les besoins pour une autre phase. Nous avons commencé déjà il y a quelques semaines avec un atelier à Libreville où nous avons concentré les efforts pour mobiliser plus de 200 chercheurs parties prenantes au niveau de la sous-région pour voir si les objectifs fixés ont été atteints et quels sont les autres besoins sur lesquels nous devons nous focaliser et quelles sont les approches qu’on peut utiliser pour améliorer ce que nous avons fait jusqu’à présent.
Vous avez fait part des contraintes. A quoi faites-vous allusion concrètement et quelles sont les esquisses de solutions ?
Les contraintes qui ont été identifiées dans la mise en œuvre du Ressac ont d’abord été liées à la mise en route. Les programmes de ce genre impliquent plusieurs types de partenaires qui n’ont pas toujours les mêmes niveaux en termes de gestion des projets internationaux ou de cette envergure au niveau des bailleurs, avec des exigences que cela nécessite. Il a fallu du temps pour essayer de mettre les gens au même niveau en matière de contraintes, des besoins ou des attentes du bailleur en ce qui concerne l’utilisation des ressources. La conséquence c’est que les différents consortiums ont mis plus de temps que prévu pour se mettre en route. La solution c’est d’anticiper par rapport à ces besoins et commencer à former les agents financiers et les comptables des consortiums sur les exigences en matière d’utilisation et de justification des fonds. L’autre contrainte identifiée est la mobilisation des chercheurs et des membres de la coordination, pour participer et diffuser les résultats dans différents pays du monde et les problèmes de visa. Les problèmes de visa se portent avec acuité dans les pays de l’Union européenne et au niveau de l’Afrique centrale. Pour l’atelier du Gabon, une vingtaine de participants n’a pas pu avoir les visas. Parfois, au niveau du Cameroun, le problème de visa constitue une réelle contrainte.
Il y a aussi eu un problème d’institutionnalisation de la notion de post-doctorat…
Le post-doc c’est comme une main-d’œuvre scientifique disponible qui peut facilement s’investir pour produire de la recherche de haute qualité. Nous pensons que c’est un chemin sur lequel nous devons nous appesantir pour la visibilité et le leadership scientifique de l’Afrique centrale. Nous faisons beaucoup de recherches, mais parfois nos publications ne sont pas toujours très visibles. Quand on parle de recherche forestière, on ne va pas beaucoup voir des travaux qui sont menés au niveau de l’Afrique centrale. Nous pensons que c’est une approche que nous pouvons utiliser pour soutenir et renforcer les capacités des chercheurs et des centres de recherche, pour des publications de haut niveau qui peuvent être dans de grandes revues à facteur d’impact et qui permettent d’avoir cette visibilité et de renforcer ce leadership scientifique au niveau des institutions de l’Afrique centrale.
INTERVIEW REALISEE PAR LA REDACTION
