L’activité était au centre d’un atelier international organisé récemment à Yaoundé avec le soutien technique de l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA).
Un atelier international sur la curation et l’analyse de l’information pour les paniers alimentaires africains s’est tenu du 17 au 22 novembre 2025 àYaoundé, la capitale politique du Cameroun. L’initiative était portée par laConcertation nationale des organisations paysannes du Cameroun (CNOP-CAM), avec le soutien technique de l’Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique (AFSA), en partenariat avec PELUM Zimbabwe et la CONABIO du Mexique. Au Cameroun, le protocole d’accord sur le panier alimentaire a été lancé cette année, et s’est déployé dans la région du Centre pour six mois.
Depuis juin 2025, la CNOP-CAM franchit des étapes importantes. Ngoumou dans le département de la Mefou-et-Akono, a été retenu comme site d’expérimentation. Une équipe pilote pluridisciplinaire composée de sociologues, nutritionnistes et statisticiens a été formée. Un questionnaire type a été élaboré et expérimenté, avec déjà 25% des enquêtes administrées auprès des ménages ciblés. Des documents techniques tels que la fiche synoptique, la fiche de scénario et les fiches d’enquêtes ont été produits. Dix autorisations administratives permettent d’enquêter dans les villages de la zone.
La CNOP-CAM s’est par ailleurs engagée dans la campagne « Ma nourriture est africaine » (pour la promotion d’une alimentation saine et culturellement enracinée) depuis 2022. Selon la présidente de la CNOP-CAM, Elisabeth Atangana, le panier alimentaire camerounais ambitionne de documenter les aliments indigènes, saisonniers et culturellement significatifs, d’analyser l’agrobiodiversité et la valeur nutritionnelle, de produire des outils et des méthodologies reproductibles, de générer des ressources visuelles et narratives pour alimenter la campagne « Mon alimentation est africaine », et de renforcer la fierté communautaire autour des produits locaux grâce à des processus participatifs, précise la CNOP-CAM.

Immersion communautaire à Nkolmefou 1
L’une des attractions de l’atelier international de Yaoundé est la descente de terrain effectuée à Nkolmefou 1, village situé à une vingtaine de kilomètres de Yaoundé, autour de l’aéroport international de Nsimalen. Les visiteurs ont touché du doigt la réalité des initiatives communautaires et découvert la richesse du patrimoine alimentaire et naturel camerounais, socle de la souveraineté alimentaire. L’un des points positifs de la campagne « Je mange camerounais » est l’existence des jardins agroécologiques scolaires, qui sensibilisent les enfants aux pratiques agricoles durables.
Une autre curiosité : la visite d’une forêt agroécologique, véritable laboratoire vivant de biodiversité, qui s’étendu sur près de quatre hectares. Les visteurs ont pu découvrir une grande variété de plantes naturelles, médicinales et alimentaires intégrées au panier local, telles que le zong kombé, le medzanga medzanga ou encore le nyat elok, qui ont chacune des vertus reconnues pour les communautés. Sans oublier la découverte d’un arbre âgé de plus de cinquante ans, reconnu comme porteur de vertus spirituelles et médicinales. The last but not the least, c’est la dégustation de mets locaux de la gastronomie locale et camerounaise concoctés par le GIC AGREN : okok, saka’a, medim mezong, belombo, kpwem, sanga, mfiang owondo, zom, nkonda, nnam owondo, mbom kpwem, foss, entre autres. Ces plats traduisent la diversité culinaire enracinée dans les traditions locales.

Plaidoyer pour l’agroécologie et la coopération Sud-Sud
Le panier alimentaire camerounais est une activité structurante qui illustre l’engagement de la CNOP-CAM et de ses partenaires à documenter, valoriser et transmettre les savoirs locaux, en bâtissant une Afrique résiliente et fière de ses pratiques alimentaires indigènes. Le panier alimentaire camerounais est particulier dans la mesure où il place l’agroécologie au cœur des systèmes alimentaires africains. En documentant les aliments indigènes et les savoirs paysans, la CNOP-CAM défend ainsi la souveraineté alimentaire, valorise la biodiversité et construit des solutions durables face aux défis climatiques et nutritionnels.
Le plaidoyer porté est celui selon lequel l’avenir de l’alimentation en Afrique ne peut se construire qu’en s’appuyant sur les pratiques locales, les savoirs traditionnels et la résilience des communautés. Mieux, le développement agricole en Afrique ne se limite pas à la modernisation technique ou à l’introduction de nouvelles technologies. Il s’appuie avant tout sur la valorisation des savoirs paysans, la reconnaissance des pratiques alimentaires indigènes et la structuration de systèmes agroécologiques durables capables de répondre aux défis climatiques et nutritionnels.
