A l’issue d’un atelier tenu du 16 au 17 septembre 2025 à Ebolowa, des propositions ont été faites, allant la prolongation de la durée des certificats annuels d’exploitation à un guichet unique, en passant par la prise en compte des thématiques émergentes.
La ville d’Ebolowa, chef-lieu de la région du Sud-Cameroun, a abrité du 16 au 17 septembre 2025 un atelier national sur les perspectives stratégiques de la foresterie communautaire au Cameroun. Près d’une cinquantaine de participants issus du ministère des Forêts et de Faune (MINFOF), des organisations nationales de la société civile, des représentants des communautés, des partenaires techniques et financiers et du milieu des médias, ont pris part à cette réflexion sur l’avenir des forêts communautaires. L’activité a bénéficié de l’appui technique et financier de Rainforest Alliance en collaboration avec les partenaires du projet « Renforcement et innovation en foresterie participative au bénéfice des communautés locales en périphéries des aires protégées du bassin du Congo » (RiFOP), financé par le Fonds Français pour l’Environnement Mondial (FFEM) et World Resources Institute (bénéficiant du soutien de la Jacobs Futura Foundation).
L’objectif était d’analyser les défis qui entravent le plein essor de la foresterie communautaire au Cameroun, à l’effet de doter le pays d’une stratégie nationale de développement de la foresterie communautaire. Laquelle stratégie pourrait, selon les participants, permettre de répondre de manière structurée et inclusive aux attentes des peuples autochtones et des communautés rurales, aux impératifs d’utilisation durable, de conservation de la biodiversité et de partage équitable des bénéfices. Ainsi qu’aux engagements nationaux et internationaux en matière de lutte contre le changement climatique et d’accélération de la concrétisation des Objectifs de développement durable (ODD).

Les défis de la foresterie communautaire passés au crible
Dans un langage franc, les parties prenantes ont abordé les défis prioritaires du secteur, notamment la profitabilité socio-économique de la foresterie communautaire des produits forestiers ligneux et non-ligneux, la diversification des activités forestières, la reconversion des forêts communautaires à des usages non forestiers. Il a été aussi question de l’alignement avec les cadres nationaux et internationaux, notamment les ODD, le nouveau cadre sur la biodiversité et l’Accord de Paris. « Le concept de foresterie communautaire qui était une grande innovation de la loi de 1994 est venu rencontrer beaucoup d’autres initiatives novatrices. Dans ces initiatives, il est apparu des initiatives de financement de l’action climatique, de financements innovants des forêts. Le concept que nous avions conçu auparavant pour les communautés, dans un mécanisme où c’est l’Etat qui les accompagne, s’est vu renforcer avec un ensemble d’outils internationaux qui pourraient aider les communautés », a présenté le directeur de la division de la coopération, de la programmation et des projets au MINFOF, Georges Mouncharou.
Pour sa part, le président de l’Association pour le développement des natifs d’Aladi et Mekom (ADENAM), Prosper Medoulou, la foresterie communautaire a apporté quelque chose de positif dans les communautés. « La foresterie communautaire est en principe l’un des domaines au Cameroun où on laisse la latitude aux communautés de gérer les ressources, du moins les deniers publics, pour financer leurs projets de développement communautaire. La foresterie communautaire a beaucoup contribué au développement », se réjouit-il. Les exemples soulignés par notre interlocuteur forcent l’admiration. Il y a eu la construction de 27 cases dans le domaine de l’amélioration de l’habitat à Mintom dans le Dja-et-Lobo. Quatre villages ont été électrifiés à l’énergie solaire. Les financements provenant de la forêt communautaire ont également aidé à payer les salaires des maîtres de parents, ce depuis 2016. Prosper Medoulou loue les initiatives des Ong comme Rainforest Alliance et WWF qui travaillent à leurs côtés, pour une meilleure appropriation du système.

A peine 10% des forêts communautaires attribuées sont activement gérées
Les chiffres communiqués à l’occasion par le sous-directeur des forêts communautaires au Minfof, Charles Ndifon, font état de ce que plus de 900 forêts communautaires ont déjà été attribuées tandis que près de 100 certificats annuels d’exploitation (CAE) sont délivrés par an. A la seule différence qu’à peine 10% des forêts communautaires attribuées sont activement gérées ou génèrent des bénéfices économiques. Les pouvoirs publics relativisent tout de même. « Je dois vous dire qu’en Afrique centrale, c’est quelque chose qui est innovant et que les autres pays n’ont pas. Quand vous prenez le Bassin du Congo, nous sommes les leaders dans ce processus. Nous sommes parmi les leaders qui font confiance aux communautés et qui pensent qu’on doit les impliquer dans la gestion durable des forêts. Et surtout, vous savez, nous avons un outil où résolument on s’est lancé dans la décentralisation, qui veut qu’on commence à faire confiance à ces communautés », déclare M. Mouncharou.
L’exercice visant à jeter les bases prospectives pour une foresterie de deuxième génération qui satisfasse tous les acteurs a été apprécié à sa juste mesure. « Nous pensons que la foresterie communautaire a eu de bons résultats au Cameroun. Il y a également beaucoup de domaines à améliorer. Et l’idée est de pouvoir renforcer ce qui est bien fait au niveau de la foresterie communautaire et faire des propositions pour l’amélioration de leur gestion, pour le bien-être des communautés et de la biodiversité », souligne la directrice Afrique de l’Ouest et Afrique centrale de l’Ong américaine Rainforest Alliance, Nadège Nzoyem.

Procédure d’obtention du certificat annuel d’exploitation contraignante et onéreuse
Pourtant, tout n’a pas qu’été rose en 31 ans de mise en œuvre de la foresterie communautaire au Cameroun. Toute proportion gardée, le secrétaire général de la Fédération camerounaise des Associations et des Professionnels de la seconde transformation du bois (FECAPROBOIS), Pamphile Ntanga, est d’avis que le mode d’exploitation des forêts communautaires était initialement favorable à l’accès au bois par les petits opérateurs comme les PME et les artisans du marché local. Après, la réalité était toute autre sur le terrain. « Malheureusement, il y avait assez d’exigences que les forêts communautaires ne pouvaient pas satisfaire. Prenons rien que le cas du certificat annuel d’exploitation (CAE) qui est délivré pour une période d’un an. Malheureusement, sur le plan opérationnel, on se rend compte que les premières forêts communautaires à obtenir un CAE l’ont vers avril ou mai. Or, le CAE n’est que la première étape », déplore M. Ntanga.
Le volet lié aux procédures n’arrange pas les choses. « Nous sommes en pleine décentralisation. Il est hors de question que les gens quittent de Yokadouma pour aller à Yaoundé déposer les dossiers, revenir faire le suivi et défiler encore pour retirer le dossier. De même, les coûts des documents exigés sont très élevés. C’est ce qui justifie qu’elles ne peuvent pas s’autofinancer. Ce qui les plonge dans l’illégalité absolue. Nous pensons qu’au lieu de changer d’approche, il est important de résoudre les problèmes que nous tous connaissons et avons contribué à développer », ajoute le porte-parole de la FECAPROBOIS. A sa suite, M. Jean Abe est d’avis qu’un an n’est pas suffisant comme période de validité d’un certificat annuel d’exploitation, comparé au Mexique où la mise en œuvre dure 20 ans. Pour Prosper Medoulou de l’ADENAM, le modèle actuel est à améliorer, car il ne permet pas aux communautés de bénéficier à 100% de ce qui est exploité dans la forêt.

Le cas d’école vulgarisé par Rainforest Alliance
La présentation faite par Rainforest Alliance a démontré à suffisance les bonnes pratiques en matière de mise en œuvre de la foresterie communautaire. L’Ong qui travaille à l’intersection entre les forêts et l’agriculture, pour l’amélioration des conditions de vie des communautés tout en respectant la nature, a présenté les bienfaits du modèle intégré de gestion communautaire des forêts. « Une foresterie communautaire intégrée prend en compte l’espace forestier géré par les communautés, non seulement les 5000 ha qui sont attribués de par la loi, mais également les forêts environnantes. Il est aussi question d’intégrer la mise en place des structures de gouvernance, de façon à ce que les comités de gestion puissent inclure aussi bien les femmes, les jeunes, les populations autochtones que les populations Bantou. Au niveau du développement économique, que l’on puisse valoriser autant le bois que les PFNL comme les fruits, les écorces, etc., ainsi que la productivité agricole pour éviter les extensions dans les forêts communautaires, en améliorant la productivité. La foresterie communautaire intégrée signifie également qu’au-delà de ces produits, il faut vulgariser les autres options qui pourraient rapporter des bénéfices aux communautés », tel que l’explique Nadège Nzoyem. Le représentant de Rainforest Alliance Cameroun, William Mala, ajoute l’impératif d’encourager la diversification des revenus et le respect des réglementations.
A Rainforest Alliance, l’on partage l’avis selon lequel il est capital de développer des chaînes de valeurs durables pour donner une plus-value aux produits en provenance des forêts communautaires. Le système de certification FSC promu par l’Ong dans la filière bois n’est plus à démontrer, lorsqu’il faut permettre au bois d’accéder aux marchés nationaux et internationaux dans le strict respect des normes. Idem dans la filière cacao où le système mis en place par Rainforest Alliance assure aux cacaoculteurs de plus grands marchés tout en les encourageant aux bonnes pratiques qui sont contre la déforestation.

Les pistes balisées pour la foresterie de deuxième génération
L’atelier multi-acteurs d’Ebolowa a donné l’opportunité de suggérer des recommandations pour écrire une nouvelle page de la foresterie communautaire au Cameroun. « Nos perspectives vont ressortir des recommandations issues de l’atelier, qu’elles soient relatives au bien-être des populations au niveau local, à la protection de l’écosystème forestier lui-même. Alors, nous saurons voir entre acteurs et partenaires quelles actions prendre davantage encadrer le secteur que ce soit au niveau de l’administration forestière ou des entités locales », précise le coordonnateur national de WRI-Cameroun, Duclaire Mbouna.
La FECAPROBOIS propose par exemple que le certifcat annuel d’exploitation soit délivré pour une période de trois à cinq ans, pour permettre aux acheteurs d’entrer en relation avec les forêts communautaires sur un long terme. Un avis unanimement partagé eu égard au plaidoyer à engager pour rallonger la durée des certificats annuels d’exploitation. Au moment où la loi du 24 juillet 2024 portant régime des forêts et de la faune est en cours de vulgarisation comme boussole, le renforcement des capacités des personnels du MINFOF a été suggéré, pour que ces derniers puissent mieux accompagner les communautés à la base. Un guichet unique a été proposé pour alléger les procédures. Georges Mouncharou du MINFOF a évoqué la prise en compte des thématiques émergentes comme le marché du carbone, les crédits biodiversité, les paiements pour services environnementaux et le programme REDD+.
Romain Foula, assistant technique à Nature+, a suggéré la reconnaissance légale de l’approche d’agroforêts de ménage dans les plans simples de gestion en termes de diversification des activités. D’autres recommandations portent sur la diffusion de la mercuriale des prix du bois provenant des forêts communautaires, la vulgarisation des bénéfices non monétaires des forêts communautaires et la reconnaissance des droits fonciers coutumiers.
