Le concept-pilote développé dans les Hautes terres de l’Ouest dans le cadre du projet COBALAM de 2020 à 2026, sur financement du Fonds pour l’Environnement mondial (GEF) et implémenté par le PNUE et le MINEPDED, veut être capitalisé au niveau national.
La ville de Bafoussam a abrité un atelier de pré-validation du guide méthodologique d’érection des territoires en Zone d’Aménagement Prioritaire (ZAP), le 19 février 2026. La concertation multi-acteurs à laquelle prenaient part une cinquantaine de participants a été organisée dans le cadre du projet consistant à éliminer les obstacles à la conservation de la biodiversité, à la conservation de la biodiversité, à la restauration des terres et à la gestion des durable des forêts à travers une gestion communautaire des paysages (COBALAM). Lequel projet est financé par le Fonds pour l’Environnement mondial (Global Environment Facility, GEF en anglais) et implémenté par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et le Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement durable (MINEPDED), en partenariat avec Rainforest Alliance. Prenaient part à cette activité : les ministères sectoriels (MINEPAT, MINEPDED, MINDDEVEL), les Collectivités locales décentralisées (CTD), les Organisations de la société civile (OSC), les autorités traditionnelles et les partenaires techniques et financiers.
Mis en œuvre sur la période 2020-2026, le projet COBALAM a accompagné plusieurs CTD, des services déconcentrés de l’Etat, des OSC, des autorités traditionnelles et des peuples autochtones dans : les processus structurés de diagnostic territorial, la délimitation participative des paysages, la mise en place de mécanismes de gouvernance multi-acteurs et la définition concertée d’options d’aménagement et de gestion durable des terres. « Ces expériences ont mis en évidence la nécessité de disposer d’outils méthodologiques clairs et opérationnels permettant de traduire les approches paysagères et participatives en instruments reconnus de planification et d’aménagement du territoire », fait observer Jacques Waouo, Manager Forest Landscapes à Rainforest Alliance.

Quand l’expertise de Rainforest Alliance est une source d’inspiration au niveau national
Cette expérience menée dans les monts Bamboutos et Bana-Bangangté-Bangou dans les Hautes terres de l’Ouest-Cameroun, a inspiré le ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (MINEPAT), qui souhaite capitaliser les résultats de COBALAM et les vulgariser à l’échelle nationale. La réunion de Bafoussam est donc l’aboutissement d’un exercice qui engagé depuis deux ans, et qui a mobilisé plusieurs parties prenantes aux niveaux local, régional et national, à en croire William Mala, Senior Manager Landscape & Communities à Rainforest Alliance.
L’expertise de Rainforest Alliance a permis d’élaborer un guide méthodologique des travaux techniques préalables pour la demande d’érection d’un territoire en Zone d’Aménagement Prioritaire. Le guide capitalise les acquis, les données et leçons tirées des expériences conduites par le projet dans les paysages pilotes des monts Bamboutos et Bana-Bangangté-Bangou. Mieux, il propose une démarche structurée, progressive et participative articulée en sept phases et 18 étapes, couvrant l’ensemble du processus depuis le diagnostic préliminaire, l’information et le consentement des parties prenantes, la délimitation du territoire, les diagnostics territoriaux multi piliers, jusqu’à la préparation de la demande officielle d’érection en ZAP et l’élaboration d’un plan de gestion.
Les ZAP, outils stratégiques d’aménagement du territoire
Au sens de la loi N° 2011/008 du 06 mai 2011 portant loi d’orientation sur l’aménagement et le développement durable du territoire au Cameroun, les ZAP sont des territoires considérés comme stratégiques par les pouvoirs publics et appelés à bénéficier d’actions publiques différenciées, afin de maîtriser les handicaps géoéconomiques, environnementaux et socio-culturels et de valoriser leurs potentialités. Toutefois, les modalités techniques, procédurales et opérationnelles d’érection d’un territoire en ZAP demeurent insuffisamment précisées. Cette contrainte limite l’appropriation et la mise en œuvre effective de l’outil par les CTD et les acteurs locaux de l’aménagement du territoire.
Or, les ZAP sont des outils importants d’aménagement du territoire. Le MINEPAT y voit plusieurs atouts. Alors que le Cameroun fait face à un défi majeur comme la superposition des titres miniers, forestiers et agricoles, la ZAP a la particularité d’intégrer plusieurs fonctions : elle permet de gérer, sur un même espace la production (cacao/café), la conservation (corridors écologiques) et les besoins sociaux (écoles, santé). Contrairement à une réserve isolée, la ZAP assure aussi le maintien des services écosystémiques entre les différentes zones du Schéma national d’aménagement et de développement durable du territoire (SNADDT). C’est également un levier de sécurisation foncière et territoriale. Comme tel, la ZAP agit comme un « bouclier » réglementaire et contractuel et un outil d’arbitrage anticipé. En identifiant par exemple une zone comme « prioritaire » pour l’agriculture durable, l’on réduit le risque d’implantation de projets extractifs contradictoires.
Il faut en outre relever l’intégration des droits d’usage des communautés locales, pour limiter les conflits fonciers qui paralysent souvent le développement local. Quid de l’attractivité économique, car une ZAP bien aménagée facilite la certification. Dès lors, le territoire devient un « produit » exportable et attractif pour la finance verte. La mise en place d’une ZAP nécessite une cartographie fine (SIG) enrichissant la base de données nationale. De même, c’est une instance de gouvernance multi-acteurs et une plateforme de dialogue, en ce sens qu’elle force le dialogue entre les sectoriels (MINADER, MINFOF, MINMIDT, MINEPAT, MINDEVVEL…) et les populations à la base. La responsabilisation n’est pas en reste : les populations ne sont plus de simples usagers, mais des « gestionnaire s » du plan d’occupation des sols défini dans le guide méthodologique d’érection.

La validation de la version consolidée du guide méthodologique attendue
L’approche de mise en œuvre des ZAP suggérée par Rainforest Alliance ne sera pas qu’un projet pilote isolé. Le MINEPAT compte la disséminer à l’échelle du territoire national, pour en faire une unité opérationnelle de la planification nationale, a-t-on appris. Le succès de cette approche repose sur trois piliers : la sécurité juridique avec l’alignement strict du guide d’érection sur la loi d’orientation de 2011qui garantit que les investissements durables (certification, agroforesterie) sont protégés contre les conflits d’usage (mines, extensions anarchiques). L’intelligence territoriale est aussi fondamentale, car la ZAP transforme des données théoriques en une réalité cartographique fine. Autrement dit, c’est le passage de la « vision » du SNADDT à la « gestion » quotidienne du paysage. Le contrat social est le troisième pilier. En plaçant les communautés au cœur de la gouvernance, la ZAP assure la paix sociale, condition sine qua non du développement durable au Cameroun.
A l’issue des discussions de Bafoussam, le guide méthodologique a été analysé et clarifié. Son respect de la loi du 6 mai 2011 portant loi-cadre sur l’aménagement du territoire et le développement durable au Cameroun a été examiné. Des recommandations ont été faites pour renforcer la cohérence et la faisabilité. L’atelier a surtout permis de sécuriser l’approche, de clarifier les étapes à suivre et de renforcer l’appropriation par les acteurs territoriaux, locaux, régionaux et nationaux. L’étape suivante est la validation d’une version consolidée, qui servira de référence au Cameroun. Il s’agit là d’une étape concrète vers une planification plus structurée, participative et durable de l’utilisation des sols.
ILS ONT DIT…
« Les politiques que nous suggérons sont menées au sein des territoires »

Delisse Roméo Noulie, chef de la cellule des études et des schémas d’aménagement à la direction de l’aménagement du territoire et de la mise en valeur des zones frontalières au MINEPAT.
« Les politiques que nous suggérons sont menées au sein des territoires. Donc la plus petite unité de planification c’est la commune. La planification ne se limite pas seulement au niveau central. Aujourd’hui, tout commence au niveau local, parce que si vous faites des projets pour des populations qui n’ont pas convenance et qui ne cadrent pas avec leurs besoins, ils pourraient ne pas être mis à contribution. Cela veut dire que les populations qui ont une forêt communautaire par exemple, devraient en bénéficier. On ne devrait pas se retrouver dans des situations où elles ne sont pas parties prenantes. L’idée est de les prendre en compte et qu’il y ait des effets bénéfiques en termes d’infrastructures scolaires, sanitaires voire routières. Nous volons que les gens puissent véritablement s’intéresser aux études que nous faisons en matière de planification spatiale au Cameroun. Il faudrait que les populations s’approprient les différents outils de planification disponibles, pour voir les orientations qui sont données pour le développement de leurs territoires ».
« On est parvenu à établir des mécanismes de gouvernance à l’échelle des deux paysages »

William Mala, Senior Manager Landscape & Communities, Rainforest Alliance.
« Au niveau du projet COBALAM, l’un des résultats importants c’est qu’on est parvenu à établir des mécanismes de gouvernance à l’échelle des deux paysages des monts Bamboutos et Bana-Bangangté-Bangou qui sont les bassins agricoles les plus importants de cette zone. Ces bassins agricoles sont sous le risque d’une crise, parce que l’eau n’est plus disponible. Dans les études que nous avons réalisées, on a remarqué que 90% de l’eau de surface a disparu dans les monts Bamboutos, contre 70% dans les monts Bana-Bangangté-Bangou. La mise en place d’une zone d’aménagement prioritaire peut effectivement amener les parties prenantes à s’accorder d’abord sur la gestion, parce que l’eau c’est la vie. Au-delà de ce qu’on dit, c’est le premier ingrédient pour le développement agricole. Le rôle des femmes dans cette dynamique est capital. Ce sont elles qui sont au cœur de la production. Dans cette région, ce sont les femmes pour l’essentiel qui pourvoient de la nourriture pour les familles, ainsi que des revenus ».
« La femme constitue le premier élément dans la gestion des paysages »

Ahi Jamilatou, représentante des populations Mbororos au sein du comité de gestion des paysages des monts Bamboutos, structure de gouvernance mise en place par les communes pour la gestion durable de leurs paysages.
« La mise en œuvre du concept de zone d’aménagement prioritaire dans les monts Bamboutos va servir à améliorer notre paysage, parfois confronté à d’énormes difficultés comme le manque d’eau ou la sècheresse. Il nous permettra de lutter non seulement contre les défis que font face notre paysage, mais aussi de l’aménager avec des infrastructures comme les routes, les points d’eau. La femme mérite d’être associée à la démarche. Elle constitue le premier élément dans la gestion des paysages. C’est elle qui s’occupe du ménage, veille à la croissance des plantes, etc. ».
« The COBALAM Project Integrated All Relevant Stakeholders »

Jibrila Haman, Director of Environment Conservation for Public Health (ECO-PH).
« The COBALAM community-based landscape management has been going for the past five years now. And we have been acting since 2020. We were the ones who facilitated the creation of the Santa municipal landscape management commission. I think that establishing a priority management zone in some areas of the West Region is very important. Because the objective of the project is to reverse obstacles that does not permit to have sustainable landscape management, be it land degradation, biodiversity loss, natural resources loss. With the increase of population there is a lot of pressure on natural resources, on land, on water, on communities as well. The well-being of communities is capital. Rendering communities economically resilient is very important at the same time preserving our landscape for future generations. We have reviewed the methodological guide towards the establishment of the erection of priority management zone, particularly the different steps and also the way to integrate them with grassroot observations and the concern of communities. This project in the beginning integrated all relevant stakeholders from councils, civil society organizations, farmers, business owners, public administrations, etc. We brought our observations and recommendations ».
« Notre commune fonde beaucoup d’espoir en cet outil »

François Tenefoh, premier adjoint au maire de la commune de Fongo-Tongo.
« L’atelier porte sur l’aménagement des zones d’aménagement prioritaire. Comme la commune est là pour le bien-être des populations à travers l’aménagement et le développement du territoire, la zone prioritaire que nous avons en commun, à savoir les flancs des monts Bamboutos, va nous permettre de connaître les rouages pour mieux gérer le paysage, la ressource en eau (avec le dessèchement qui depuis un certain temps est légion) et préserver la biodiversité. Notre commune fonde beaucoup d’espoir en cet outil, surtout à l’aune de la signature d’une intercommunalité entre cinq communes des régions de l’Ouest, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, parmi lesquelles Fongo-Tongo ».
« Il va falloir discipliner les populations »

Sa Majesté Kenfack Tanga Foutsop II, chef supérieur du groupement Balatchi dans les Bamboutos.
« L’ensemble du projet apporté par COBALAM, avec l’appui de Rainforest Alliance, est d’une importance capitale. Il est venu à point nommé. Déjà, Balatchi est aux pieds des monts Bamboutos, considérés comme la source d’eau de toute la région de l’Ouest. Ce projet nous apprend à aménager ces différents espaces. Si on continue avec tout le désordre qui, jusque-là, avait cours, cette source d’eau risque d’en souffrir. Il va falloir qu’on pense à aménager, à discipliner les populations, pour leur faire respecter un certain nombre de choses, afin de préserver cette ressource qui est vitale pour l’Homme ».
« Il y a des guichets de financement disponibles »

Dr. Josiane Feugué Kenfack, président de l’organisation Centre pour l’Environnement, le Partenariat et le Développement Local (CEPDEL), partenaire de Rainforest Alliance.
« Nous avons appris beaucoup de choses lors de cet atelier. Nous avons été clairement briefés sur la démarche à adopter pour ériger une zone en zone d’aménagement prioritaire. Nous constatons que c’est une grande première pour le Cameroun, car depuis la loi du 8 mai 2011, une action pareille n’a pas encore été entreprise. Les facteurs pour la réussite de ce projet reposent sur l’intégration de toutes les parties prenantes d’une part et beaucoup plus la prise en compte de ce projet par les municipalités. Ce sont elles qui vont implémenter le projet, surtout dans le volet financement. Lors de l’atelier, nous avons félicité la réaction du représentant du FEICOM qui a rassuré qu’il y a des guichets de financement disponibles. Les municipalités n’ont qu’à se rapprocher du FEICOM pour qu’il les accompagne dans la maturation des projets ».
REACTIONS RECUEILLIES PAR LA REDACTION
