Le Directeur exécutif de l’organisation Services d’appui à la protection de l’environnement et au développement (SAPED) revient sur la tenue le 19 février 2026 à Bafoussam d’un atelier capital pour donner corps à la Zone d’aménagement prioritaire (ZAP) au Cameroun.
Vous venez de prendre part à un atelier stratégique destiné à la mise en œuvre des Zones d’aménagement prioritaire au Cameroun. Quel est votre avis sur une telle démarche ?
La mise en œuvre du concept de Zone d’aménagement prioritaire qui est instruite par la loi d’orientation de 2011 du Ministère en charge de l’Economie, donne la possibilité à des territoires qui ont des potentialités, mais qui font en même temps face à des enjeux importants en termes de préservation de la biodiversité, de gestion des ressources naturelles et d’opportunités économiques, d’être gérés de manière durable et collaborative avec l’implication de toutes les parties prenantes, pour le bien de tous. Le projet COBALAM parvenu presqu’à son terme, un guide qui permet d’ériger une zone en zone d’aménagement prioritaire, est un outil très important pour les collectivités territoriales décentralisées. Afin qu’elles partent d’un constat initial à un espace qualifiée de zone d’aménagement prioritaire. Cela a plusieurs bénéfices. Cela permettra entre autres de bien organiser les activités humaine, sociale, économique, sans oublier les bénéfices en termes de biodiversité et de concourir à la préservation de nos massifs notamment dans les monts Bamboutos et Bana-Bangangté-Bangou. Ce sont des zones clés de biodiversité, qui regorgent une biodiversité importante et pour lesquelles des instances de gouvernance ont été mises en place. Donc, ce concept de ZAP va marquer l’ancrage institutionnel et une appropriation qui est faite au niveau de l’Etat. En tant que pionnier, ce projet va permettre d’implémenter la notion de ZAP pour la première fois, depuis que la loi de 2011 est entrée en vigueur. On espère que ça va ouvrir la porte à des actions futures.
Quels sont les facteurs de succès de la mise en œuvre du concept ?
Ce concept a été instruit dans le cadre de la mise en œuvre d’un projet implémenté pendant plus de cinq ans et qui a capitalisé beaucoup de choses qui seront produites plus tard. Il y a un document de capitalisation qui sera publié, et va présenter tout ce qu’il y a comme bonnes pratiques implémentées, comme instances de gouvernance multi-acteurs, qui est l’élément principal permettant qu’on puisse avoir ce genre d’actions plus tard. Les communautés autour des paysages des monts Bamboutos et Bana-Bangangté-Bangou se sont organisées dans une instance qui regroupe toutes les différentes couches sociales, tous les différents acteurs dans les paysages avec un but commun : préserver et gérer durablement le paysage. Ainsi, un des facteurs de succès, c’est l’approche de gouvernance inclusive et participative, où on a à la fois l’institutionnel, la société civile, le secteur privé, les leaders communautaires et religieux, les représentants des jeunes et des femmes. Tout cela mis ensemble permet d’avoir des solutions qui répondent aux besoins de tout le monde. Un autre point : ce concept doit tenir compte des réalités spécifiques de la zone. Dans le contexte des monts Bamboutos, on a une population importante des Mbororos qui existe, qui doit cohabiter avec des populations hôtes. Il y a des conflits agropastoraux qui existent et qu’il faut adresser. On a une grande production agricole. Mais, en même temps, on a aussi des enjeux importants en termes de ressources en eau. La gestion intégrée des ressources en eau ne peut être faite que s’il y a une plateforme mise en place et qui regroupe tous les acteurs. Le fait que ça corresponde aussi aux réalités locales est un élément qui renforce la pertinence et les chances de succès des pareilles initiatives.
Vous fondez donc un espoir sur cette initiative ?
Forcément, en tant qu’initiative pionnière d’implémentation de la loi, je crois que le projet COBALAM a énormément de bonnes choses qui peuvent être capitalisées et qui pourront être utiles plus tard. On a énormément de choses qui ont été faites. Tout ce qu’on demande, c’est juste que l’institutionnel prenne le relais. Par définition, un projet a un début et une fin. Le projet COBALAM parvenu à son terme, il ne faudrait pas que tous les efforts qui ont été consentis soient balayés d’un revers de la main. Il faut que l’institutionnel s’en approprie, pour assurer une certaine durabilité dans les actions.
INTERVIEW REALISEE PAR LA REDACTION
