Le dispositif réactivé après le coup d’Etat d’août 2023 n’a plus de raison d’être dans sa forme actuelle.
Libreville – Instaurée dans l’urgence au lendemain du coup d’État d’août 2023, la « Task-Force » devait être une réponse ponctuelle à une situation exceptionnelle. Son objectif était clair : renforcer la mobilisation des recettes publiques et contribuer à l’assainissement rapide des finances de l’État. Près de deux ans plus tard (structure réactivée en septembre 2023, ndlr), une évidence s’impose progressivement dans le débat public : ce dispositif n’a plus de raison d’être dans sa forme actuelle.
Un outil d’exception devenu ambigu
À l’origine, la Task-Force, pilotée par Monsieur Pierre Duro, expert judiciaire, s’inscrivait dans une logique transitoire. Elle devait accompagner une phase critique, marquée par l’urgence de restaurer la discipline budgétaire. Mais, sa prolongation jusqu’en octobre 2025, décidée sous l’autorité du ministre des Finances de l’époque Henri Claude Oyima a profondément modifié sa nature. D’instrument temporaire, elle tend désormais à s’installer dans la durée, au risque de perdre toute cohérence avec les principes qui ont justifié sa création.
Un chevauchement avec les structures existantes
Le Gabon dispose déjà d’institutions chargées de la gestion et du contrôle des finances publiques. Dans ce contexte, le maintien d’un dispositif parallèle pose question, explique des sources proches du dossier. Pourquoi conserver une structure exceptionnelle alors que les administrations compétentes sont censées assumer pleinement leurs missions ? La Task-Force ne crée-t-elle pas une redondance inutile, voire une confusion dans les responsabilités ? Pour plusieurs observateurs, cette situation fragilise la lisibilité de l’action publique et alimente un sentiment d’opacité.
L’urgence n’est plus la même
Si l’urgence a justifié la mise en place de la Task-Force, elle ne peut en revanche justifier indéfiniment son maintien. La transition gabonaise évolue. Les institutions se réorganisent. Les mécanismes classiques de gestion budgétaire sont appelés à reprendre toute leur place. Dans ce nouveau contexte, la persistance d’un outil d’exception apparaît de plus en plus en décalage avec les exigences de normalisation.
Mettre fin à une mesure devenue obsolète
Dès lors, une question s’impose : pourquoi ne pas acter clairement la fin de la Task-Force ? Mettre un terme à ce dispositif ne serait pas un aveu d’échec, mais au contraire, le signe d’un retour à un fonctionnement institutionnel normalisé, fondé sur des règles claires, des responsabilités identifiées et des mécanismes transparents.
Un test de crédibilité pour les autorités
Au-delà de la question technique, l’enjeu est éminemment politique. La suppression de la Task-Force constituerait un signal fort envoyé aux citoyens tout comme aux partenaires internationaux : celui d’un État capable de sortir de l’exception pour revenir durablement à la norme. À l’inverse, son maintien prolongé risquerait d’entretenir le doute sur la volonté réelle de rationaliser la gouvernance financière. Dans un pays engagé dans une phase décisive de son histoire récente, la fin des mesures exceptionnelles est souvent le premier indicateur d’un retour à l’équilibre.
