Un atelier se tient à Douala les 5 et 6 mai 2026 à l’initiative du SAILD, pour élaborer une vision commune à défendre devant les grandes instances internationales liées au climat.
La capitale économique du Cameroun, Douala, abrite un atelier régional de validation des priorités des acteurs du bassin du Congo sur le changement climatique, du 5 au 6 mai 2026. L’objectif est de valider un argumentaire soutenant la position de la société civile du bassin du Congo sur le changement climatique, la protection des forêts et les thématiques connexes, en prélude à la 31e Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 31), qui se tiendra en novembre prochain à Antalya (Türkiye). Les travaux menés sous la coordination de Service d’Appui aux Initiatives Locales de Développement (SAILD) consistent à identifier les enjeux, opportunités et défis liés au climat dans le bassin du Congo, à s’approprier les politiques et programmes régionaux sur le climat, à définir les axes prioritaires de discussion sur le climat pour la société civile, peuples autochtones et communautés locales du bassin du Congo. Au finish, l’enjeu est de valider un document des priorités des acteurs du bassin du Congo sur le climat, selon le comité d’organisation.
« La réalité c’est que dans les grandes discussions internationales, ces différents acteurs sont très peu représentés, très peu entendus. On va se rendre compte que généralement les idées qui passent le plus au niveau international sont les idées des États dans leur dynamique de développement économique. Et ce qui fait que généralement les priorités ou bien alors les spécificités des communautés locales, des peuples autochtones ne sont pas suffisamment mises en exergue, ou sont parfois diluées dans d’autres enjeux plutôt économiques », explique Rodrigue Kouang, responsable du programme agro-écologie au SAILD. Pourtant, il y a un fait qui n’échappe à personne. « On se rend bien compte que ces communautés locales et notamment les peuples autochtones de forêt, sont ceux qui ont préservé ces espaces depuis des années et qui sont mieux habilités à mettre en œuvre ou à développer des solutions locales pour préserver l’environnement. Malheureusement, ils ne sont pas suffisamment impliqués », déplore M. Kouang.

Le bassin du Congo, un potentiel naturel à valoriser dans la géopolitique environnementale
En réunissant autour de la table une vingtaine de participants venus du Cameroun, du Gabon, de la République du Congo, de la République centrafricaine (RCA) et de la République démocratique du Congo (RDC), le but est de disposer d’une position commune des acteurs de la société civile, à défendre devant toutes les instances internationales. L’enjeu est énorme, dans la mesure où les pays représentés ont en partage un potentiel naturel qui régule le climat dans le monde entier. En effet, le bassin du Congo est le deuxième poumon forestier tropical mondial, après la forêt amazonienne. Selon une présentation faite en octobre 2023 par la Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC), le bassin du Congo a une superficie de 269,7 millions d’hectares et représente 70% de la couverture forestière africaine ainsi que 10% de la biodiversité mondiale. Par ailleurs, les forêts du bassin du Congo représentent 22% des forêts tropicales du monde. Elles disposent de 262 aires protégées à la même période, soit 15,8% des terres, 10 000 espèces de plantes, plus de 400 espèces d’essences ligneuses, 1400 espèces d’animaux.
Ce n’est pas tout. Ces forêts fournissent les moyens de subsistance à 75 millions de personnes, avec 40 000 emplois fournis. L’on y note en outre une exploitation forestière améliorée avec 10 millions de forêts certifiées en fin 2023. La plus-value en termes de crédit carbone n’est plus à démontrer. Le bassin du Congo est le premier poumon écologique du monde en termes de bilan carbone. La preuve : elle séquestre 40 gigatonnes de carbone, soit 10% du carbone forestier stocké dans les forêts tropicales du monde. Il s’agit de 80 milliards de tonnes de carbone stockées dans la biomasse et les forêts d’Afrique centrale. Le bilan net carbone, ajoute la COMIFAC, est de 610 millions de tonnes.
Avec tant de services écosystémiques, le bassin du Congo représente donc un enjeu environnemental stratégique. Et les pays qui partagent cette manne ne veulent pas rater le coche. « Nous voulons mutualiser les informations, les connaissances et les expériences des différents acteurs de ces différents pays qui ont en commun le bassin du Congo. L’idée est de présenter les demandes clés de ces acteurs aux différentes parties prenantes, notamment lors de la prochaine COP, pour permettre que les communautés et populations qui sont les plus impactées par le changement climatique dans nos pays, puissent véritablement avoir des solutions aux problèmes réels qu’ils ont », souligne Rodrigue Kouang du SAILD. « Ce n’est pas pour dire qu’il n’y a rien qui existe, mais la réalité c’est que parfois ce n’est pas suffisamment ancré dans les réalités locales, dans les réalités communautaires. Donc notre travail est de mettre en surface les besoins, les difficultés des populations, des communautés à la base et que ce soit entendu au plus haut niveau. Il est plus intéressant pour nous de se mettre ensemble. D’où la nécessité de trouver un angle d’attaque, une orientation commune pour se positionner au niveau international, au niveau des discussions sur le climat », relativise notre interlocuteur.

Les parties prenantes sur la même longueur d’onde
La plupart des acteurs de la société civile présents à l’atelier sont unanimes sur la démarche. « Je veux déjà saluer l’initiative parce que nous connaissons tous le rôle que joue le bassin du Congo dans les questions liées avec le changement climatique au niveau mondial. Et c’est une très belle initiative de regrouper la société civile, les peuples autochtones et les communautés locales dans un même endroit, pour définir des stratégies, élaborer des feuilles de route pour impacter de façon considérable les politiques au niveau du bassin du Congo », se réjouit la secrétaire exécutive du Réseau des acteurs du développement durable (RADD), Marie Crescence Ngobo. Cette dernière va plus loin. « Nous souhaitons qu’on ne s’arrête pas dans la définition et l’élaboration des feuilles de route, mais qu’on aille jusqu’à définir des actions concrètes qui vont être implémentées sur le terrain. Ce n’est qu’à ce niveau qu’on pourrait atteindre effectivement les objectifs. Le bassin du Congo joue un rôle primordial dans la gestion du climat au niveau mondial et cela doit être pris en compte au niveau des politiques mondiales de définition des priorités, en ce qui concerne la gestion du climat au niveau mondial », laisse-t-elle filtrer.
Les attentes sont tout aussi grandes. « Le travail qui a été réalisé par des groupes d’experts doit rencontrer les besoins des communautés et des organisations de la société civile au niveau des pays. Je serais très attentif de voir comment est-ce qu’on pourra répliquer ou bien vulgariser cela auprès des parties prenantes au niveau national », argue le coordonnateur du Centre d’appui pour le développement durable (CADD), Bienvenu Florentin Kemanda-Yogo, originaire de la RCA. « Ceci impliquerait les différentes parties prenantes qui seront identifiées, notamment le gouvernement, la société civile, les partenaires techniques et financiers ainsi que les parties prenantes clés que sont les communautés locales et les populations autochtones. Au niveau de notre organisation, nous souhaitons avoir plus de moyens pour implémenter toutes les recommandations qui sortiront de cette assise », poursuit-il.
A Green Development Advocates (GDA), l’on fonde beaucoup d’espoir sur le processus. « Nous espérons sortir de cette réflexion avec des recommandations pertinentes pour la lutte contre le changement climatique. Notre région fait face à plusieurs difficultés qui vont de la déforestation à la conversion des forêts via des activités comme la mine. Il y a également des défis liés à l’accès aux financements pour les initiatives climatiques dans le bassin du Congo », décrit l’expert des questions liées populations autochtones et communautés locales à GDA, Ekane Nkwelle. « Notre attente est de sortir des échanges avec les recommandations des différentes parties prenantes : le gouvernement, les partenaires techniques et financiers voire les organisations de la société civile. L’idée est d’avoir un accès direct aux fonds et mettre en place une plateforme dans le bassin du Congo, à travers laquelle on peut parler d’une seule voix en tant que société civile », martèle M. Nkwelle.
