Dr. Olivier Ndogo Eteme et Dr. Patrick Hervé Diboue Betote défendent l’apport de la biodiversité dans la recherche antivirale.
Au moment où le mpox constitue un enjeu sanitaire majeur en Afrique en général et au Cameroun en particulier (avec 207 cas suspects enregistrés au 2 avril 2026, dont 37 cas confirmés depuis le 14 novembre 2025, ndlr), des chercheurs camerounais sont en avant-garde pour faire avancer la recherche et trouver des solutions à cette maladie. Le chimiste Olivier Ndogo Eteme fait partie de cette catégorie. L’enseignant-chercheur en chimie organique et médicinale à l’université de Pennsylvanie aux Etats-Unis a développé Allexis cauliflora qui appartient à la famille des Violaceae, connue pour produire des cyclotides, de petits peptides cycliques riches en ponts disulfure. Dans le cadre de ses travaux, il a notamment étudié deux de ces peptides (Alca 1 et Alca 2) ainsi que leur activité contre le virus Vaccinia, membre du même genre Orthopoxvirus que le virus responsable du mpox. Les résultats obtenus par le chercheur suggèrent que les deux cyclotides méritent des investigations complémentaires comme candidats antiviraux.
La particularité de la recherche du Dr. Ndogo Eteme repose sur la valorisation de la biodiversité camerounaise comme solution aux problèmes de santé, tout en la conciliant avec la chimie des substances naturelles, la chimie des peptides et la virologie expérimentale. Loin de proposer un traitement déjà disponible contre le mpox, le travail scientifique identifie des molécules candidates suffisamment actives pour justifier des études plus poussées. « L’enjeu est de convertir une ressource biologique africaine en candidats antiviraux mesurables, reproductibles et scientifiquement vérifiables », fait observer le chercheur.
La recherche sur les plantes médicinales est effective, mais peu vulgarisée
A la faveur d’un webinaire organisé par l’antenne Cameroun du Réseau des journalistes scientifiques d’Afrique francophone (RJSAF) le 10 octobre 2026 autour du thème : « Recherche antivirale : une nouvelle piste avec les plantes antivirales ? », le Dr. Olivier Ndogo Eteme confie que le principe actif est déjà disponible. En termes d’innovation, il explique qu’« il n’y avait encore aucun médicament contre le mpox de nature peptidique et avec une activité deux à trois fois plus importante que les médicaments homologués ». Il reconnaît par ailleurs être le premier à découvrir cette molécule, qui a été fabriqué au laboratoire, c’est-à-dire par synthèse. « Mes peptides ont fait l’objet de tests de toxicité, car les tests ont été refaits plusieurs fois », rassure-t-il.
Un sentiment unanimement partagé par le Dr. Patrick Hervé Diboue Betote, chercheur à l’Institut de recherches médicales et d’études des plantes médicinales (IMPM). « Au Cameroun, la recherche sur les plantes médicinales est effective. Les trouvailles sont disponibles, mais peu vulgarisées », indique ce dernier. Il encourage les médias à accompagner les chercheurs dans la vulgarisation des fruits de la recherche, pour une meilleure visibilité. Dans un contexte où l’Union Africaine (UA) recommande aux Etats africains de consacrer au moins 1% du produit intérieur brut à la recherche et au développement (via le Plan d’action de Lagos en 1980 et les engagements réaffirmés en 2007), le Dr. Betote est d’avis que les pouvoirs publics doivent prendre à bras-le-corps le financement de la recherche.
Les chercheurs doivent transformer leurs résultats en niches économiques
A l’heure actuelle, le résultat est déjà protégé. Une démarche que le Dr. Ndogo Eteme conseille aux autres chercheurs. « Les fruits de la recherche sont des niches économiques et ne sauraient être dilapidées pour chercher à soutenir les thèses de doctorat ou à changer de grade. Les chercheurs gagneraient à mâturer les résultats et à les protéger via des brevets par exemple », confie notre source. Le principe actif est à l’étape de brevetage. En attendant, des idées fourmillent dans l’esprit du chercheur. « Nous pouvons négocier pour commercialiser ka poudre de plante sur le marché sous forme de thé », lâche Ndogo Eteme.
Quant à la phase de mise sur le marché, l’on n’en est pas encore là. « L’autorisation de mise sur le marché ne se fait pas par légèreté », précise le Dr. Diboue Betote. Seulement, une expérimentation à l’échelle du Cameroun ne serait pas à négliger, parce que le but est de sauver les vies. Notre interlocuteur argue que, quand un biomédicament a rempli les conditions de biotoxicité, il peut être mis sur le marché national, à condition de respecter les normes internationales. Il est juste question de se rassurer de sa capacité à guérir 80% des patients qui en consomment.
