Le plaidoyer porté l’association à but non lucratif belge entend placer le ménage au centre de la gestion de la forêt, en lieu et place de la communauté.
Lors du récent atelier national sur les perspectives stratégiques de la foresterie communautaire au Cameroun organisé à Ebolowa les 16 et 17 septembre 2025 par le ministère des Forêts et de la Faune (Minfof) avec l’appui technique et financier de Rainforest Alliance (RA) et World Resources Institute (WRI), le Pr. Cédric Vermeulen a fait une présentation – en ligne – pour le compte de Nature+, mettant en relief le bilan de plus de 20 ans de foresterie sociale au Cameroun. Selon l’enseignant à l’université de Liège, Gembloux Agro-Bio Tech, le constat est « mitigé », concernant la rentabilité/viabilité économique, le développement local et la lutte contre la pauvreté et la durabilité environnementale (avec la déforestation et les pressions anthropiques). D’où la nécessité de développer, tester et promouvoir de nouveaux modèles de foresterie sociale alternatifs, mieux adaptés à certains mécanismes locaux d’appropriation des espaces forestiers, permettant de garantir une meilleure efficacité et complémentaires des forêts communautaires.
Le Pr. Vermeulen a proposé d’explorer les agroforêts de ménage comme « un modèle de gestion participative innovant et très différent de celui centré sur la communauté ». Le modèle consiste à attribuer aux ménages des droits sur des espaces suffisants pour garantir à long terme le maintien de la mosaïque paysagère typique de l’agriculture itinérante (champ, jachère forestière, forêt secondaire, culture de rente) et les biens et services qu’elle procure. Il est également question de construire sur la réalité sociale axée sur des ménages agrégés en lignages et clans, prévenir la saturation foncière et le défrichement définitif du couvert forestier et simplifier le modèle en se basant sur le cacao et les PFNL (et pas le bois) pour la rentabilité. Il faut souligner que le paradigme est déjà expérimenté dans le cadre du projet « Renforcement et innovation en foresterie participative au bénéfice des communautés locales en périphéries des aires protégées du Bassin du Congo (RIFoP) », financé par le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM).
En ce qui concerne la mise en œuvre, les pistes pour une reconnaissance légale des agroforêts de ménage au Cameroun ont été proposées par Cédric Vermeulen., avec deux options possibles : promulguer un texte spécifique ou mobiliser une loi existante. Dans le premier cas, la démarche pourrait permettre de faire exister légalement les agroforêts de ménage. Ce qui pourrait débuter par un arrêté expérimental, qui positionnerait le Cameroun comme pays à la pointe de l’innovation. A condition qu’un leadership politique suive.
La seconde option propose d’intégrer les agroforêts des ménages dans les plans simples de gestion des forêts communautaires. A ce niveau, il pourrait s’en suivre la reconnaissance de l’existence des cacaoyères et de l’agriculture itinérante dans les plans simples de gestion. Quid de la reconnaissance par le foncier de la « lettre-circulaire instituant un certificat de possession de droits fonciers coutumiers administrativement reconnus ». Les droits fonciers coutumiers seront reconnus par des entités légales (ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières, Mindcaf) et légitimes (chefs et notables). Ce qui pourrait constituer la base attendue pour une agroforêt des ménages. Seulement, relativise le chercheur belge, le cheminement du dossier, à travers les différents acteurs administratifs, sera complexe, car il faudra un suivi long et attentif du dossier. De même que le processus va échapper au ministère des Forèts et de la Faune (Minfof).
LA REDACTION
