Un récent atelier national organisé au Cameroun a mis en exergue la nécessaire collaboration entre les institutionnels, le secteur privé forestier, la recherche et la société civile, pour garantir un commerce international repose sur des bases scientifiques solides et ne portant pas atteinte à la survie des espèces.
Yaoundé, la capitale politique du Cameroun a abrité du 23 au 24 avril 2026, un atelier national de restitution, d’analyse et de planification des actions CITES sur la flore au Cameroun, avec un accent sur l’articulation entre résultats du projet RESSAC, la délimitation du genre des espèces Guibourtia (communément appelé bubinga) et les priorités stratégiques 2026-2028. Le projet Research in Ecology and Social Sciences for the sustainable management of ecosystems foresters of Central Africa (RESSAC) est financé par l’Union européenne via le CIFOR-ICRAF et mis en œuvre par un consortium constitué de l’université de Liège, l’université de Dschang, Rougier Gabon et l’ATIBT.
L’objectif de l’activité organisée avec le soutien du ministère camerounais des Forêts et de la Faune était de contribuer à la consolidation des acquis scientifiques, techniques, diplomatiques et opérationnels liés à la mise en œuvre de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) au Cameroun et à la structuration d’un cadre d’action concerté pour la période 2026-2028. D’après le chef du programme CITES à l’Association technique internationale des bois tropicaux (ATIBT), Dr. Franck Monthe, les travaux visaient trois objectifs. Dans un premier temps, les résultats du projet RESSAC qui vise à analyser les impacts de la mise en œuvre de la CITES au Cameroun, notamment en lien avec les inscriptions des espèces aux différentes annexes de la Convention, ont été passés en revue.

Comment concilier business et commerce durable des essences forestières ?
« L’ATIBT voulait mesurer l’impact de la mise en œuvre de la CITES aux niveaux social et économique sur trois catégories d’acteurs : les administrations, le secteur privé et les communautés. Puisque la CITES est une convention qui régule le commerce international des espèces exportées, et qui dit commerce fait référence au business et aux flux d’argent. Mais, ce commerce connaît un certain nombre de difficultés liées à la mise en œuvre de la CITES parce que lorsqu’on inscrit une espèce à l’annexe 2 de la Convention notamment, il faut définir des quotas, rédiger des avis de commerce non préjudiciable, etc. », a indiqué Dr. Monthe. « Sauf que ce qu’on constate, c’est qu’une fois que certains pays exportateurs ont produit tout cet ensemble d’éléments, l’importation de la ressource est toujours mise à mal sur le marché international, particulièrement à cause des difficultés d’obtenir par exemple des permis d’importation. Et donc ça entraîne d’énormes retards dans la livraison des produits, ainsi que des pertes financières pour les sociétés forestières », poursuit notre interlocuteur, par ailleurs enseignant à l’université de Liège en Belgique.
L’hypothèse du projet était de voir dans quelle mesure ces pertes financières ont des répercussions sur l’administration, le secteur privé (entreprises elles-mêmes) et les communautés. In fine, l’idée est de voir dans quelle mesure alerter les autres États parties à la Convention sur les difficultés pratiques que vivent un certain nombre de pays. Toujours est-il que l’Union européenne suit cette actualité avec attention. « Il est possible de concilier préservation de l’environnement et intérêts économiques. C’est vrai que ça pose des questions et des choix qui ne sont pas toujours faciles à faire. Maintenant, peut-être il faut décider quel marché on veut viser, en l’occurrence les marchés qui payent la qualité. Parfois, les opérateurs privés veulent l’argent facile, et donc sont moins regardants sur les standards environnementaux. Il revient donc à l’Etat de définir des politiques publiques incitatives, pour promouvoir des pratiques un peu plus respectueuses de l’environnement », explique la troisième secrétaire coopération, environnement et agriculture à la délégation de l’UE au Cameroun, Claudia Antonelli. « L’apport de l’Union européenne continue. Dans l’approche Global Gateway, on est là pour soutenir les entreprises qui ont des relations commerciales fortes avec l’Union européenne. On va continuer à être là aussi, parce qu’on aime bien la réflexion qui est en cours au Cameroun, selon laquelle les concessions forestières doivent faire plus que juste de l’exploitation forestière. Elles doivent faire plus en termes de gestion durable, plus pour les communautés riveraines », soutient notre source.

Une récente étude de l’ENEF de Mbalmayo pourrait faire bouger les lignes dans l’exploitation du bubinga
Le deuxième objectif des échanges de Mvog-Betsi était de restituer une étude sur un genre particulier, le genre Guibourtia (encore appelé bubinga). Il a été inscrit aux annexes de la CITES, mais posait un certain nombre de problèmes en termes d’identification. Le projet sur le genre Guibourtia est porté par l’Ecole nationale des eaux et forêts (ENEF) de Mbalmayo. Les résultats du projet présentés par le directeur de l’ENEF, Dr. Germain Mbock, montrent qu’il y a une difficulté à distinguer les trois essences de Guibourtia (tessmannii, pellegriniana et demeusei). « L’étude nous permet de faire une distinction et de montrer qu’il y a des possibilités que la recherche puisse aider à mieux différencier tout cela. Le directeur de l’ENEF qui travaille sur le sujet nous a bien démontré que l’étude qu’il a réalisé peut aider le Cameroun à mieux positionner les différents Guibourtia, ou enlever une qui n’est pas disponible au Cameroun sur la liste afin d’éviter que le Cameroun soit pénalisé », a relevé le Dr. Richard Sufo Kankeu, Senior Scientist au CIFOR-ICRAF.
La restitution faite par le Dr. Germain Mbock a indiqué que la ressemblance entre G. tessmannii, G. pellegriniana entraîne de nombreuses confusions sur le terrain. Cependant, il estime que les traits morphologiques de ces deux espèces permettent de distinguer l’arbre en forêt. Des doutes peuvent subsister sur le bois si la chaîne de traçabilité n’est pas respectée. Par conséquent, l’étude de l’ENEF permet de distinguer les bois de ces deux espèces, notamment par les douaniers. Comme l’une des trois espèces est rare, l’on interdit l’exploitation de l’essence. Le rôle de ce travail est de faire à ce qu’on distingue les trois pour que les deux autres soient vendues et exportées facilement. « La plus-value du projet est d’apporter des solutions scientifiques aux différents décideurs qui participent aux échanges. Nous voyons très bien que les différents directeurs ont été émerveillés de voir qu’un résultat pareil existe. Ils ont dit que les résultats obtenus vont être utilisés, pour conseiller le ministre des Forêts et de la Faune sur les bonnes décisions à prendre. Du coup, on voit que la recherche est importante pour aider les politiques », se réjouit Dr. Richard Sufo Kankeu.

La troisième articulation a porté sur l’analyse du Plan d’action CITES Flore 2026–2028 du Cameroun. La présentation faite par Mikhaïl Mvongo Nkene indique que ce plan est structuré autour du renforcement des capacités scientifiques, de l’amélioration des systèmes de traçabilité, du développement des avis de commerce non-préjudiciable (ACNP) et de la préparation des positions nationales pour la CoP21 (prévue en 2028 au Panama, ndlr). Les échanges ont permis de valider, de façon consensuelle, le Plan de Travail Annuel Budgétisé définissant les priorités opérationnelles, les responsabilités des acteurs et les prochaines étapes. Auparavant, M. Mvongo a fait une restitution des principaux enseignements de la CoP20 de la CITES tenue à Samarkand (Ouzbékistan), notamment les pressions croissantes concernant de nouvelles essences forestières d’Afrique centrale telles que l’Okoumé ou certaines espèces du genre Entandrophragma.
