Au cours d’une activité tenue à Mbankomo le 19 décembre 2025, les participants ont jeté les bases pour disposer d’un outil nécessaire à l’amélioration de la transparence dans le secteur forestier.
La localité de Mbankomo a abrité le 19 décembre 2025 un atelier de modélisation des pertes financières sur les circuits d’illégalité forestière, co-organisé par World Resources Institute (WRI), le Centre pour l’Environnement et le Développement (CED) et le Réseau des chefs traditionnels d’Afrique pour la gestion durable de la biodiversité et des écosystèmes des forêts (ReCTrad). Près d’une vingtaine de participants ont pris part à la réflexion, notamment les enseignants, les observateurs indépendants, le secteur privé, l’administration des Finances, les conservateurs, les chercheurs, les communautés riveraines, les dénonciateurs, les cartographes, etc. L’objectif était renforcer l’effectivité et le pouvoir dissuasif de l’application de la nouvelle loi forestière de 2024 au Cameroun, en veillant à ce que toute infraction forestière soit pénalisée d’une manière crédible, proportionnelle et économiquement dissuasive.
Face aux faiblesses de l’observation indépendante, il était important d’élaborer un outil pour accompagner l’Etat camerounais dans l’optimisation du recouvrement des recettes forestières. D’où la pertinence de « Dissuasor », présenté à l’ensemble des parties prenantes. In fine, il est question d’aboutir à une révision des méthodologies ou des approches de travail pour augmenter le niveau de taxation de ces illégalités et rendre ces exploitations illégales dissuasives. L’activité s’inscrivait dans la logique de définir des mesures pour accompagner les efforts de dissuasion de l’exploitation illégale. Il était adossé au Projet d’amélioration de la gouvernance du secteur forestier (PAMFOR) porté par WRI, grâce aux bailleurs de fonds comme la Norvège, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis.

« Dissuasor » : outil pour des décisions équitables dans le secteur forestier
A en croire Achille Wankeu, chargé de projets au CED pour la mise en œuvre du projet PAMFOR, l’atelier est davantage justifié par le fait qu’il y avait un ensemble de facteurs qui étaient difficiles à présenter scientifiquement, notamment les pertes liées à l’exploitation forestière illégale. Or, développer un outil innovant qui permet d’évaluer de manière chiffrée les pertes illégales, de contribuer à l’information dans le secteur forestier ainsi qu’à la formation, devenait un impératif, a indiqué l’expert. Concrètement, il est nécessaire de concevoir un outil d’aide au calcul des amendes conventionnelles définies dans la loi forestière, pour rendre impartiales les décisions des Officiers de police judiciaire (OPJ). Un OPJ qui fait face à une scène d’illégalité avec une amende comprise entre un million et trois millions de F, va se baser sur quoi pour décider d’appliquer 1,5 million de F ? Quels sont ses éléments d’appréciation ? Autant d’interrogations à résoudre.
L’outil « Dissuasor » a ainsi été présenté par le directeur de l’initiative Open Timber Portal pour le bassin du Congo à WRI Africa, Dr. Achille Djeagou Tchoffo, comme un outil de dissuasion, pour avoir des décisions équitables et proportionnées. « A court terme, il faut un outil rationnel pour guider la décision de l’OPJ en ce qui concerne l’infliction du montant applicable. Dans les moyen et long termes, on va essayer de disposer des mesures plus opportunes pour interpeller les récidivistes, afin qu’ils abandonnent les pratiques d’illégalité », a soutenu notre interlocuteur. Par rapport aux objectifs du pays, l’outil va aider à l’évaluation des pertes économiques liées aux exploitations illégales dans le domaine national et permanent, impactant la réalisation des ODD et de la SND-30 dans le sous-secteur forêt.

Un tremplin pour donner corps à la loi forestière de 2024
« Dissuasor » va également aider à la promotion de la transparence dans le traitement du contentieux et d’orientation de la compensation des acteurs impliqués dans la dénonciation des cas d’illégalité, pour réduire la vulnérabilité des communautés riveraines victimes d’exploitation illégale. L’outil peut en outre être utilisé pour mener un plaidoyer en faveur d’un fonds de protection des dénonciateurs (qui parfois sont menacés et/ou enfermés voire dépourvus de moyens pour mobiliser les avocats à même de défendre leurs droits). C’est une question que l’OTP ne résout pas, mais qu’un outil comme de dissuasion « Dissuasor » peut aider à résoudre, a lâché Dr. Djeagou Tchoffo.
La présentation du prototype développé par M. Foalem, consultant, a donné à comprendre que « Dissuasor » dispose de d’environ sept fonctionnalités, permet d’observer une infraction et va servir de base de données digitale pour disposer d’un stock d’informations relatives aux infractions commises dans le domaine forestier sur le territoire national. Il va aussi permettre de motiver l’application de la loi forestière de 2024, permettre de quantifier les limites de la loi et disposer d’éléments de langage pour dissuader les contrevenants.
Pour Sa Majesté Bruno Mvondo du ReCTrad, l’outil naît d’un besoin de plus en plus spécifique. Il pourra aider au calibrage des amendes transactionnelles. C’est un outil d’aide à la quantification des pertes économiques, de promotion de la transparence dans le traitement des contentieux, d’orientation de la compensation des différents acteurs impliqués dans la chaîne de dénonciation, aide au plaidoyer de tous les dénonciateurs en faveur d’un fonds de protection de leurs activités.
