Les scientifiques et acteurs du secteur privé engagent une réflexion du 23 au 25 septembre 2026 à Douala, à l’effet d’améliorer les démarches scientifiques liées aux forêts d’Afrique centrale.
L’initiative One Forest Vision (OFVI), le Réseau de recherche sur les forêts d’Afrique centrale (R2FAC) et le programme Recherche appliquée en écologie et en sciences sociales en appui à la gestion durable des écosystèmes forestiers d’Afrique centrale (RESSAC) organisent, du 23 au 25 septembre 2026, les Journées scientifiques sur les forêts d’Afrique centrale. L’activité bénéficie de la collaboration du Congo Basin Science Institute (CBSI), du projet Océan durable et économie bleue en Afrique centrale (ODEBAC), de l’Observatoire des Forêts d’Afrique centrale-Centre d’excellence (OFAC-CE) et PEPR Fair Carbon. 100 participants, dont une soixantaine de chercheurs juniors, une vingtaine de chercheurs seniors, des partenaires techniques et représentants du secteur privé prennent part à ces joutes intellectuelles, autour des enjeux de la gestion durable des forêts d’Afrique centrale. Ils viennent de sept pays : Cameroun, Congo-Brazzaville, République démocratique du Congo (RDC), République centrafricaine (RCA), Burundi, Tchad et Gabon.
Les Journées scientifiques se tiennent sur quatre formats d’échanges : cinq leçons inaugurales, huit sessions de discussions scientifiques, une table-ronde sur les liens entre recherche publique et secteur privé et une table-ronde de regards croisés des chercheurs juniors et seniors. Elles mettent en évidence les regards et contributions d’une nouvelle génération de chercheurs spécialisés dans les questions liées à la gestion durable des écosystèmes forestiers du Bassin du Congo, considéré comme le deuxième poumon forestier du monde, après l’Amazonie. Les réflexions de Douala constituent une première initiative de coordination entre sept programmes internationaux de recherche intervenant sur les forêts du Bassin du Congo. A l’occasion, les jeunes chercheurs financés par ces programmes ont la possibilité de confronter leurs travaux, leurs méthodes et leurs approches scientifiques, afin de renforcer les synergies au service de la connaissance et de la gestion durable des écosystèmes forestiers. L’idée est de favoriser le partage des connaissances et renforcer les collaborations autour de la gestion durable de ces écosystèmes forestiers.

Un débat intergénérationnel sur l’évolution des pratiques de recherche
Concrètement, les Journées scientifiques ont pour objectifs de : dresser un état des lieux des recherches doctorales et post-doctorales en cours sur la gestion durable des forêts d’Afrique centrale et des communautés qui en dépendent, comparer les méthodes, hypothèses et approches de recherche développées sur des objets d’étude similaires, créer un cadre d’échanges entre la recherche publique et le secteur privé sur les besoins en connaissances pour une gestion durable des ressources naturelles et la lutte contre la pauvreté. Il est aussi question d’ouvrir un débat intergénérationnel sur l’évolution des pratiques de recherche, notamment autour de l’interdisciplinarité, de la gestion des données, des échelles d’analyse, de l’autorité scientifique et de la place du secteur privé dans la recherche.
Toujours est-il que les participants ont l’opportunité de dresser un panorama des recherches portées par les jeunes chercheurs d’Afrique centrale sur les forêts et ses acteurs et de débattre sur le rôle de la recherche dans les politiques publiques et les stratégies d’entreprises. Les échanges avec le secteur privé vont en outre permettre de mieux comprendre ses attentes vis-à-vis de la recherche publique, notamment en matière de gestion durable des ressources et de lutte contre la pauvreté.

Les forêts du Bassin du Congo attirent la curiosité des chercheurs
Les échanges soutiennent une dynamique de consolidation d’un réseau de recherche plus connecté, plus collaboratif et davantage orienté vers les défis environnementaux, sociaux et économiques du Bassin du Congo. In fine, l’enjeu est de produire un compte-rendu regroupant les résumés des présentations scientifiques et une synthèse des discussions des sessions thématiques et des tables-rondes, mettre en ligne des présentations scientifiques afin de favoriser le partage des connaissances et diffuser les principaux enseignements auprès des médias nationaux et régionaux.
Les échanges se tiennent dans un contexte où les forêts d’Afrique centrale jouent un rôle essentiel dans l’équilibre environnemental et dans le bien-être des populations. Si les taux de déforestation demeurent relativement faibles en Afrique centrale, ils progressent néanmoins sous l’effet de la croissance démographique et des activités anthropiques (exploitation forestière illégale, agriculture agro-industrielle, etc.). A ce titre, la recherche scientifique apporte des connaissances indispensables pour éclairer les décideurs et accompagner une gestion durable de ces écosystèmes. D’après le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) Afrique centrale, le potentiel du Bassin du Congo est évalué à plus de 268 millions d’hectares. En termes de services écosystémiques, il permet d’assurer la sécurité alimentaire de plus de 88 millions de personnes. De son côté, la Commission des forêts d’Afrique centrale (COMIFAC) estime que le Bassin du Congo couvre plus de 300 millions d’hectares et constitue un important puits de carbone (600 millions de tonnes). En 2020, sa valeur écosystémique est estimée à 1150 milliards de dollars, selon la Banque mondiale.
LA REDACTION
ILS ONT DIT
« Les travaux sur les forêts d’Afrique centrale sont assez peu nombreux »

Patrick Jagoret, directeur régional du Cirad pour l’Afrique centrale.
« L’agronomie est un domaine très large, qui va des cultures de rente aux cultures vivrières, mais qui englobe aussi la forêt. Et le Cirad est impliqué dans un certain nombre de projets internationaux. On parle par exemple de l’OFBi, One Forest Vision. Le Cirad est également avec les partenaires camerounais, congolais, gabonais, centrafricains, dans un dispositif en partenariat (R2FAC), qui permet d’agréger un certain nombre d’études sur le domaine forestier. Et qui dit études, on a également dans notre mandat le renforcement des compétences et l’encadrement de plusieurs doctorants qui travaillent sur ces thématiques. D’où notre engagement et notre présence lors de cette rencontre de trois jours, qui vise à ce que tous ces jeunes doctorants que l’on co-encadre, avec les partenaires, puissent partager, mieux connaître ce qu’ils font les uns les autres et agréger leurs connaissances. L’idée est quand même de créer un collectif de chercheurs férus dans ces thématiques, car les travaux sur les forêts d’Afrique centrale sont finalement assez peu nombreux quand on compare aux travaux qui sont faits en Amérique du Sud ou en Asie. Et là, le Cirad avec les autres partenaires, les autres initiatives internationales, contribue quelque part à combler cette lacune. Ça va prendre du temps, mais il faut bien démarrer ».
« The idea is to create a research network »

Adeline Fayolle, Researcher, Cirad.
« The idea is to promote these early career scientists, to encourage them to create a research network so that they can learn from each other and start collaborating. And we have also a kind of group of mentors, senior scientists, to help them improve their capacity and stimulate their research interest and broaden their perspectives. The Congo Basin is the second largest forest block, so it’s a huge green area, important for the planet, the people, the patrimony, the species it shelters, the biogeochemical cycles, for water, for soils. So, it’s a really important place in the world that has suffered from a lack of research interest compared to Amazonian forest. So, the idea is to promote the research and the researchers in the region to help them contribute to science ».
« Le secteur privé est l’un des consommateurs majeurs de la recherche »

Richard Sufo Kankeu, Chercheur, Coordonnateur du programme Ressac, Landscape Alliance.
« Le secteur privé est l’un des consommateurs majeurs de la recherche. Nous associons ce secteur privé parce qu’ils ont intérêt à faire la recherche pour mieux décider des orientations qui sont faites dans leurs entreprises. Je prends un exemple précis dans le cadre du programme RESSAC, qui est un programme de recherche en écologie et sciences sociales que je coordonne, qui en fait a permis d’associer les chercheurs au secteur privé. Par exemple, en RDC, les chercheurs se sont positionnés pour faire de la recherche sur la qualité du bois, permettant au secteur privé d’identifier les zones forestières dans lesquelles il y a du bois qui est plus structuré, qui a une couleur plus intéressante pour le secteur privé, mais aussi pour les acheteurs qui veulent du bon bois. Ça veut dire qu’en fait, le secteur privé a besoin de la recherche pour orienter ses investissements, mais aussi pour orienter son marché. Et nous avons ainsi voulu, dans ce programme RESSAC, associer le secteur privé pour qu’il puisse bénéficier de la recherche pour mieux orienter leurs investissements ».
« Travailler ensemble et mieux se connaître »

Rossi Vivien, Chercheur Cirad.
« L’intérêt principal des journées scientifiques de Douala, c’est de permettre à tous les jeunes chercheurs de la région, enfin au moins une partie qu’on peut appuyer, de travailler ensemble et de se mieux se connaître, de savoir ce que les uns et les autres font, afin de développer une cohérence entre les pays. Parce que là, nous faisons venir des jeunes chercheurs, bien évidemment du Cameroun puisque nous sommes ici sur place, mais ils viennent également du Congo, de RDC, de Centrafrique et aussi du Burundi. Et tous ces jeunes partagent ensemble la forêt du bassin du Congo. C’est important qu’ils se mettent d’accord pour qu’à l’avenir, tous les pays puissent aligner leurs politiques en matière de gestion et de valorisation de la forêt. Et ça, ça passe uniquement par les jeunes, puisque c’est l’avenir pour les pays ».
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