La note de position appelle à la création « immédiate » d’un comité interministériel de veille et de défense du cacao naturel camerounais, pour engager un plaidoyer diplomatique auprès de l’Organisation internationale du cacao (ICCO) et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Dans une note de position publiée en septembre dernier, 21 acteurs de la société civile camerounaise et des organisations des producteurs ont exprimé leurs inquiétudes au sujet du développement industriel du « chocolat de laboratoire ». Ces acteurs expliquent avoir eu vent de récents développements technologiques menés par la start-up israélienne Celleste Bio, en partenariat avec le géant mondial Mondelēz International. La préoccupation est également liée aux investissements « colossaux » que des groupes comme Barry Callebaut et Nestlé allouent à la recherche sur les alternatives cellulaires aux fèves de cacao. Par ailleurs, l’allocation d’une enveloppe d’environ 5,5 millions d’euros (3,6 milliards de F.CFA) au projet de recherche consacré à la culture cellulaire du cacao assistée par intelligence artificielle (COCO-AI) par l’Union européenne (UE) inquiète.
« Le développement de plaquettes de chocolat à base de beurre de cacao synthétique, produit en laboratoire par culture cellulaire et intelligence artificielle, sans recours aux fèves de cacao ni au travail de la terre, est présenté à tort comme une avancée écologique », précisent les organisations signataires de la note. A leur avis, ce qui paraît être une innovation sacrifie plutôt le tissu social et économique des pays producteurs du Sud, en particulier du Cameroun. « L’intention affichée par ces multinationales d’intégrer rapidement ces prototypes dans leurs chaînes de production industrielle à grande échelle laisse entrevoir un impact significatif à long terme sur les petits producteurs et sur les moyens de subsistance de plus de 600 000 ménages camerounais », relève le document porté à la connaissance de Green Lines 237.
« Les OSC et OP reconnaissent que la déforestation liée au cacao est une réalité qu’il convient d’endiguer, mais elles contestent que le remplacement des fèves naturelles par un substitut cellulaire soit la réponse la plus juste et la plus efficiente à ce défi. Les usines biotechnologiques et les serveurs d’intelligence artificielle sont, dans leur grande majorité, alimentés en énergies fossiles. Or, sans analyse rigoureuse du cycle de vie comparant leur empreinte carbone à celle des parcelles cacaoyères agroforestières, l’argument de la zéro déforestation avancé apparaît trompeur », déplore la note de position.

Aucune étude scientifique sérieuse et indépendante sur les produits issus du cacao cellulaire à date, selon la note de position
Le coordonnateur adjoint de l’organisation Communauté et Développement Durable (CODED), Célestin Yannick Tina Biyo’o, insiste sur le fait qu’à date, il n’y ait pas encore eu d’étude scientifique rigoureuse, sérieuse et indépendante, pour évaluer l’impact de ces produits cellulaires, tant sur la santé des consommateurs que sur les moyens de subsistance des petits producteurs. « Le chocolat de laboratoire ne résout pas véritablement les problèmes environnementaux. Il déplace la problématique en créant de nouveaux drames humains et sociaux », conclut la société civile.
La note de position fait mieux, en formulant des recommandations à l’endroit de l’Union européenne, des multinationales et des start-ups de recherche biotechnologique. La première recommandation porte sur la réalisation des études scientifiques éprouvées sur les impacts du « chocolat de laboratoire », que ce soit sur la santé des consommateurs, les chaînes d’approvisionnement dans les pays producteurs (le Cameroun en particulier) et les moyens de subsistance des petits producteurs. Les organisations de la société civile et les organisations de producteurs estiment qu’il serait judicieux de réorienter ou réinvestir les budgets alloués aux biotechnologies de laboratoire vers le cofinancement des programmes de durabilité sur le terrain. Ce qui passe par le soutien financier de la résilience des petits producteurs et le versement des primes de durabilité décentes aux protecteurs de la forêt, à travers le système agroforestier. Un autre chantier porte sur la communication et la transparence sur les évolutions de la recherche et les résultats des études d’impact à long terme.

Plaidoyer pour un cadre de réflexion multi-acteurs pour la protection des petits cacaoculteurs
La mise en place urgente d’un cadre de réflexion multi-acteurs pour la protection des petits producteurs de cacao et la mitigation des conséquences possibles de cette technologie sur l’ensemble de la filière camerounaise s’impose également. En outre, la note de position recommande qu’au lieu de déplacer le problème en créant un substitut de laboratoire, il serait intéressant que les multinationales respectent les prix justes, équitables et rémunérateurs, pour permettre aux petits producteurs de vivre dignement sans défricher de nouvelles parcelles. D’aventure, si les produits issus du chocolat de la boratoire devaient ètre commercialisés, les auteurs de la note de position exigent un étiquetage strict, clair et distinct portant la mention « Aliment de synthèse produit en laboratoire » ou « substitut d’origine synthétique », afin que les consommateurs choisissent en toute conscience l’origine du produit, qu’elle soit agricole ou issue de l’industrie cellulaire.
A l’attention des institutions camerounaises, la note de position lance un appel en faveur de l’adoption d’une position avant-gardiste face au développement de la solution de laboratoire qui a pignon sur rue. Les auteurs suggèrent la création « immédiate » d’un comité interministériel de veille et de défense du cacao naturel camerounais (CIV-DCNC). La structure, indique-t-on, sera chargée d’engager un plaidoyer diplomatique auprès de l’Organisation internationale du cacao (ICCO) et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
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