Le document positionne le RDUE comme une condition de survie commerciale pour le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Ghana.
Après le 31 décembre 2029, l’Union européenne veut minimiser sa contribution à la déforestation et à la dégradation dans le monde et réduise ses émissions de gaz à effet de serre. Dans cette logique, elle expérimente le Règlement de l’Union européenne sur la déforestation (RDUE), entré en vigueur en juin 2023. Dans un guide pratique sur la traçabilité et la conformité des filières cacao et café que vient de publier Achille Wankeu Nyamsi, l’expert senior en gouvernance forestière et traçabilité RDUE indique que la RDUE « dépasse le simple cadre d’une contrainte bureaucratique : il s’agit d’une refonte fondamentale de l’accès des produits agricoles africains au marché mondial. Alors que le cacao et le café constituent des piliers économiques pour les pays comme le Cameroun, la Côte d’Ivoire et le Ghana, la conformité se positionne non plus comme une option, mais comme une condition de survie commerciale.
L’ambition du manuel, indique M. Wankeu, est de démystifier le RDUE et de fournir des outils pratiques et stratégiques à l’ensemble des parties prenantes opérant sur la chaîne de valeurs : exploitants, acheteurs/coxeurs, coopératives, exportateurs, etc. Le document constitue davantage une feuille de route pour construire les preuves de conformité (numériques, auditables, géolocalisées), sécuriser l’accès au marché européen et garantir une production durable et respectueuse des couverts forestiers. L’on apprend par exemple qu’en ce qui concerne le calendrier, « le temps de la préparation est compté ». Ainsi, le RDUE sera appliquée aux grands et moyens opérateurs et aux catégories concernées prévues par règlement modifié. A partir du 30 juin 2027, il sera appliqué aux autres micro et petits opérateurs concernés.
Le manuel s’inscrit donc dans une position avant-gardiste et estime qu’il faut anticiper aujourd’hui pour être conforme demain. « 2026-2027 ne doivent pas être des dates d’attente, mais des échéances de préparation. Pour le Cameroun et les autres pays producteurs africains, l’enjeu est de transformer l’exigence de conformité en avantage compétitif », martèle Achille Wankeu. Le manuel fournit les bases pratiques et stratégiques pour engager le voyage vers la conformité. « Le chemin peut sembler long, mais chaque pas que vous faites pour améliorer votre traçabilité, digitaliser vos processus et soutenir vos producteurs vous rapproche d’une production respectueuse des forêts », précise l’expert.

Défis du RDUE pour le Cameroun
La mise en œuvre du RDUE exige que le Cameroun se mette au pas. Ce qui nécessite la collecte fiable des données de terrain, la géolocalisation des exploitations, la traçabilité des volumes, la coordination entre producteurs, coopératives, acheteurs et exportateurs. Il en va de même de la capacité à produire des preuves vérifiables et acceptées, la qualité des cartes et compréhension locale des enjeux de déforestation et de la cohérence entre politiques agricoles et forestières.
Il n’en demeure pas moins qu’il y a des opportunités à saisir, avec la digitalisation de la traçabilité et des preuves, l’amélioration de la gouvernance des chaînes d’approvisionnement, une meilleure connaissance des exploitations et des territoires, le développement de systèmes de production, le renforcement de la transparence et de la confiance et la valorisation des produits conformes et l’accès durable au marché européen. En d’autres termes, le document voit en le RDUE un levier de compétitivité des filières cacao et café africaines. D’où la nécessité de tracer, prouver, sécuriser et produire durablement en termes de démarche.
« En investissant dans la traçabilité, la géolocalisation et la diligence raisonnée, les acteurs de la chaîne de valeur peuvent non seulement garantir leur accès au marché européen, mais aussi construire des chaînes d’approvisionnement plus durables, transparentes et équitables », explique de façon péremptoire l’auteur.

Revue des grands axes de la RDUE
Le manuel revisite le concept de traçabilité, « de la parcelle au port ». De manière simple, la traçabilité RDUE signifie que chaque fève de cacao ou grain de café exporté vers l’UE doit être relié numériquement à sa parcelle de production certifiée « zéro déforestation ». Cela nécessite un flux d’information ininterrompu. L’identification physique est fondamentale pour le liage numérique. C’est ce qui justifie la pertinence des codes QR ou codes-barres sur les sacs. Lorsqu’ils sont à chaque étape de mouvement du stock, ils contiennent ou pointent vers les informations de géolocalisation et de légalité des producteurs contributeurs. La numérotation unique des lots s’impose également. Chaque lot exporté doit avoir un ID unique référencé dans la Déclaration de Diligence Raisonnée (DDR).
La ségrégation physique n’est pas en reste. Achille Wankeu Nyamsi y voit une étape cruciale pour le RDUE, en ce sens que le flux de fèves conformes et non conformes doit être connu à chaque étape de la chaîne de valeurs, de la collecte au transport en passant par le stockage. C’est d’ailleurs l’un des points les plus stratégiques et difficiles pour les coopératives, estime-t-il. Tout part du principe selon lequel le cacao et/ou le café certifié conforme RDUE ne doit jamais être mélangé avec du cacao/café non-conforme ou non-traçable. Ce qui nécessite « des espaces de stockage séparés, des équipements de transport dédiés ou nettoyés et des protocoles stricts de baguage et d’identification pour éviter toute contamination de la chaîne d’approvisionnement conforme ».
En application des exigences du RDUE, la règle du « zéro tolérance » s’applique au niveau du lot. Autrement dit, il suffit d’une seule fève non-conforme (issue de la déforestation, sans géolocalisation valide ou non traçable) pour entraîner la non-conformité totale du lot d’exportation. Par conséquent, le lot contaminé s’expose à un rejet immédiat lors du contrôle par les douanes de l’espace européen, ainsi qu’aux sanctions associées.
Maintenant, la suite prévoit que l’opérateur, c’est-à-dire la première entité qui met le produit sur le marché de l’UE ou l’exporte depuis l’UE, soumette une fiche obligatoire attestant que le lot est sans risque et conforme. Il s’agit de la Déclaration de Diligence Raisonnée (DDR). La démarche vise à s’assurer de la conformité du produit. De manière pratique, l’opérateur doit collecter des informations complètes, précises et vérifiables pour chaque produit. Le document doit renseigner entres autres informations : la description du produit et quantité, le pays de production et zones concernées, les coordonnées de géolocalisation de toutes les parcelles de production (points GPS ou polygones), les preuves de production légale (titres fonciers, permis, contrats de travail, etc.), les informations adéquates et vérifiables montrant que le produit est « zéro déforestation ».

What next ?
La prochaine étape porte sur l’évaluation du risque. L’opérateur doit évaluer le risque que le produit soit non-conforme, sur la base de critères comme le niveau de risque du pays ou de la région (l’UE classera les pays en risque faible, standard ou élevé), la présence de forêts dans la zone de production, la prévalence de la déforestation dans la zone, la complexité de la chaîne d’approvisionnement et les préoccupations liées à la légalité (gouvernance, corruption, droits de l’Homme). Si un risque non négligeable est identifié, l’opérateur doit prendre des mesures idoines pour l’atténuer à un niveau négligeable. Ces mesures peuvent consister à exiger des informations supplémentaires, mener des audits ou des enquêtes indépendantes, soutenir les producteurs pour qu’ils se mettent en conformité (vulgarisation, formation) et changer de fournisseur si le risque ne peut être atténué
Ce manuel sur le RDUE commis par Achille Wankeu Nyamsi est un outil de formation et d’orientation technique. Il est le fruit de l’exploitation des sources de référence comme les textes officiels publiés au Journal Officiel de l’Union Européenne et les guides de l’UE pour toute décision d’exportation. Le document a été réalisé avec la collaboration du Réseau des chefs traditionnels d’Afrique pour la gestion durable de la biodiversité et des écosystèmes de forêts (RECTRAD), dans le cadre des activités de sensibilisation et de formation des acteurs de l’Observatoire des Forêts du Cameroun. Le RECTRAD est une association écologiste à but non lucratif et à vocation internationale créée depuis 2002 au Cameroun.
